DE L'INTELLIGENCE COMMUNE
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1.0

DE L'INTELLIGENCE COMMUNE / HERMÈS TRISMÉGISTE A SON FILS TAT


1.1

L'intelligence, ô Tat, appartient à l'essence même de Dieu, si toutefois Dieu a une essence, ce que lui seul peut savoir exactement. L'intelligence n'est donc pas séparée de la nature de Dieu, elle lui est unie comme au soleil sa lumière. Cette intelligence est le Dieu qui est en nous, c'est par elle que certains hommes sont des Dieux et que leur humanité est voisine de la divinité. Le bon démon dit, en effet, que les Dieux sont des hommes immortels et que les hommes sont des Dieux mortels. Dans les animaux sans raison l'intelligence est la nature ; car où il y a âme il y a intelligence, de même que là où est la vie, là aussi est une âme. Mais dans les animaux sans raison, l'âme est une vie privée d'intelligence. L'intelligence est le guide bienfaisant des âmes humaines, elle les conduit vers leur bien. Chez les animaux elle agit dans le sens de leur nature, chez l'homme en sens contraire. Car dès que l'âme est entrée dans un corps, elle est vivifiée par la douleur et le plaisir, qui sont comme des effluves émanés du corps et où l'âme descend et se plonge. L'intelligence, découvrant sa splendeur aux âmes qu'elle gouverne, lui te contre leurs tendances, de même qu'un bon médecin emploie le feu et le fer pour combattre les maladies du corps et y ramener la santé. C'est ainsi que l'intelligence afflige l'âme en l'arrachant au plaisir qui est la source de toutes ses maladies. La grande maladie de l'âme c'est l'éloignement de Dieu; c'est l'erreur qui entraine tous les maux sans aucun bien. L'intelligence la combat et ramène l'âme au bien, comme le médecin rend la santé au corps. Les âmes humaines qui n'ont pas l'intelligence pour guide sont dans le même état que celles des animaux sans raison. L'intelligence les abandonne aux passions, qui les entraînent par l'appât du désir vers l'irrationnel, comme l'instinct irréfléchi des animaux. Leurs colères et leurs appétits, également aveugles, les poussent vers le mal sans qu'elles en soient jamais rassasiées. Contre ce débordement du mal Dieu a établi une digue, un châtiment, qui est la loi.


1.2

TAT. Ceci, mon père, semble contredire ce que tu m'as dit précédemment au sujet de la destinée. Si tel ou tel est fatalement destiné à commettre un adultère, un sacrilège, ou quelque autre crime, pourquoi est-il puni, lorsqu'il a agi d'après une nécessité fatale?


1.3

HERMÈS. Tout est soumis à la destinée, mon fils, et dans les choses corporelles rien n'arrive en dehors d'elle, ni bien ni mal. Il est fatal que celui qui a mal fait soit puni, et il agit afin de subir la punition de son acte. Mais laissons la question du mal et de la destinée, que nous avons traitée ailleurs. Nous parlons maintenant de l'intelligence, de sa puissance, de ses effets, différents dans l'homme et dans les animaux sans raison, sur lesquels son action bienfaisante ne s'exerce pas, tandis que chez l'homme elle éteint les passions et les désirs. Mais parmi les hommes il faut distinguer les raisonnables de ceux qui sont sans raison. Tous les hommes sont soumis à la destinée, à la nature, au devenir et au changement, qui sont le principe et la fin de la destinée, et tous les hommes souffrent ce qui leur est destiné. Mais les raisonnables, qui sont, comme nous l'avons dit, guidés par l'intelligence, ne souffrent pas ce que souffrent les autres; ils sont étrangers au mal, et, n'étant pas mauvais, ne souffrent pas de mal.


1.4

TAT. Que veux-tu dire, ô père?


1.5

HERMÈS. L'adultère n'est-il pas mauvais, le meurtrier n'est-il pas mauvais? Mais le sage, n'ayant pas commis d'adultère, souffrira, mais comme adultère ; n'ayant pas tué, il souffrira, mais comme meurtrier.[21] Il est impossible d'échapper aux conditions du changement comme à celle de la naissance, mais celui quia l'intelligence peut éviter le vice. Aussi, mon fils, ai-je souvent entendu dire à un bon démon, et s'il avait écrit il aurait rendu un grand service aux hommes ; car lui seul, mon fils, comme le Dieu premier né, savait tout et prononçait des paroles divines ; je l'ai donc entendu dire que tout est un, et surtout les corps intelligibles ; que nous vivons en puissance, en acte et en éternité ; aussi la bonne intelligence (de chacun) ressemble à son âme. Cela étant ainsi, rien n'est séparé des intelligibles ; ainsi l'intelligence, principe de toutes choses et âme de Dieu, peut faire tout ce qu'elle veut. Réfléchis donc et rapporte cette parole à la question que tu me posais au sujet de la fatalité de l'intelligence. Car, en mettant de côté les paroles qui prêtent à la discussion, tu trouveras, mon fils, que l'intelligence, âme de Dieu, domine vraiment toutes choses, la destinée, la loi et tout le reste. Rien ne lui est impossible, ni de placer Pâme au-dessus de la destinée, ni de la soumettre à la destinée en la rendant indifférente aux accidents. C'est ainsi que parlait ce bon démon.


1.6

TAT. C'étaient des paroles divines, vraies et utiles ; mais, encore une explication : Tu as dit que dans les animaux sans raison l'intelligence agissait conformément à la nature et dans le sens de leurs appétits. Mais les appétits des animaux sans raison sont, cerne semble, des passions; l'intelligence est donc une passion, puisqu'elle se confond avec les passions?


1.7

HERMÈS. Bien, mon fils, ton objection est sérieuse et j’y dois répondre. Tout ce qu'il y a d'incorporel dans le corps est passif, et c'est là proprement ce qu'on nomme passion. Car tout moteur est incorporel et tout mobile est corporel. L'incorporel est mu par l'intelligence, et le mouvement est une passion. Le mobile, ce qui commande et ce qui obéit, sont donc également passifs. Mais en se séparant du corps, l'intelligence échappe à la passion. Ou plutôt, mon fils, il n'y a rien d'impassible, tout est passif. Mais la passion diffère du passif : l'une agit, l'autre subit. Les corps mêmes ont une énergie propre, qu'ils soient mobiles ou immobiles, c'est toujours une passion. Mais l’incorporel est toujours agité, et par conséquent passif Ne te laisse donc pas troubler par les mots; action ou passion c'est tout un, mais il n'y a pas de mal à se servir de l'expression la plus noble.


1.8

TAT. Cette explication est très claire, mon père.


1.9

HERMÈS. Remarque en outre, mon fils, que l'homme a reçu de Dieu, de plus que tous les animaux mortels, deux dons égaux à l'immortalité, savoir: l'intelligence et la raison ; et outre cela, il possède la raison énonciative (le langage). S'il fait de ces dons un emploi convenable, il ne différera en rien des immortels; sortant du corps, il s'élèvera, conduit par l'intelligence et la parole, vers le chœur des bienheureux et des Dieux.


1.10

TAT. Les autres animaux n'ont donc pas l'usage de la parole, mon père?


1.11

HERMÈS. Non, mon fils, ils ont seulement la voix. La parole et la voix sont deux choses très différentes. La parole est commune à tous les hommes, la voix est différente dans chaque genre d'animaux.


1.12

TAT. Mais, mon père, le langage diffère aussi chez les hommes d'une nation à l'autre.


1.13

HERMÈS. Le langage est différent, mais l'homme est le même; c'est pourquoi la raison parlée est une, et par la traduction on voit qu'elle est la même en Egypte, en Perse, en Grèce. Il me semble, mon fils, que tu méconnais la vertu et la grandeur de la parole. Le Dieu bienheureux, le bon démon, a dit que l'âme est dans le corps, l'intelligence dans l'âme, le verbe (raison parlée) dans l'intelligence, et que Dieu est le père de tout cela. Le verbe est donc l'image de l'intelligence, l'intelligence est l'image de Dieu, le corps est l'image de l'idée, et l'idée l'image de l'âme. La partie la plus subtile de la matière est l'air, de l'air l'âme, de l'âme l'intelligence, de l'intelligence Dieu.[22] Dieu enveloppe et pénètre tout, l'intelligence enveloppe l'âme, l'âme enveloppe l'air, l'air enveloppe la matière. La nécessité, la providence et la nature sont les instruments du monde et de l'ordre matériel. Chacun des intelligibles est une essence, et leur essence est l'identité.
Chacun des corps qui composent l'univers est multiple; car les corps composés ayant en eux l'identité et se transformant les uns dans les autres conservent l'identité intacte. Dans tous les autres corps composés est le nombre de chacun, car sans le nombre il ne peut y avoir ni composition, ni combinaison, ni dissolution. Les unités engendrent les nombres et l'augmentent, et, en se séparant, rentrent en elles-mêmes. La matière est une, et le monde tout entier, ce grand Dieu, image du Dieu suprême, uni à lui, gardien de l'ordre établi par la volonté du père, est la plénitude de la vie. Et il n'y a rien en lui, dans toute l'éternité de la constitution qu'il a reçue du père, il n'y a rien, ni dans l'ensemble ni dans aucune de ses parties, qui ne soit vivant. Rien de mort n'a été, n'est et ne sera dans le monde. Le père a voulu qu'il fût vivant tant qu'il durera. Il est donc nécessairement un Dieu, Comment dans un Dieu, dans l'image de l'univers, dans la plénitude de la vie, pourrait-il y avoir des choses mortes? Un cadavre, c'est ce qui se corrompt, ce qui se détruit; comment une partie de l'incorruptible pourrait-elle être corrompue, comment pourrait-il périr quelque chose de Dieu?



1.14

TAT. Les êtres vivants qui sont en lui et qui sont des parties de lui ne meurent donc pas, mon père?


1.15

HERMÈS. Ne dis pas cela, mon fils, c'est une expression fausse; rien ne meurt, mais ce qui était composé se divise. Cette division n'est pas une mort, c'est l'analyse d'une combinaison ; mais le but de cette analyse n'est pas la destruction, c'est le renouvellement. Quelle est en effet l'énergie de la vie? n'est-ce pas le mouvement? Et qu'y a-t-il d'immobile dans le monde? Rien, mon fils.


1.16

TAT. La terre même ne te paraît pas immobile, mon père?


1.17

HERMÈS. Non, mon fils, il y a en elle beaucoup de mouvements en même temps qu'elle est stable. Ne serait-il pas absurde de la supposer immobile, elle, la nourrice universelle, qui fait tout naître et tout grandir? Il ne peut y avoir de production sans mouvement. C'est une question ridicule de demander si la quatrième partie du monde est inerte, car un corps immobile ne signifie rien autre chose que l'inertie. Sache donc, mon fils, que tout ce qui est dans le monde, sans exception, est le siège d'un mouvement, soit d'augmentation, soit de diminution. Or, tout ce qui se meut est vivant, et la vie universelle est une transformation nécessaire. Dans son ensemble, le monde ne change pas, mon fils, mais toutes ses parties se transforment. Rien ne se détruit ou ne se perd, mais il y a une confusion dans les mots; ce n'est pas la naissance qui est la vie, c'est la sensation; ce n'est pas le changement qui est la mort, c'est l'oubli. S'il en est ainsi, tout est immortel, la matière, la vie, l'intelligence, le souffle, l'âme, tout ce qui constitue l'être vivant. Tout animal est donc immortel par l'intelligence, et surtout l'homme qui est capable de recevoir Dieu et qui participe à son essence. Car il est le seul animal qui soit en communication avec Dieu, la nuit par les songes, le jour par les symboles (présages). Dieu lui annonce l'avenir par toutes sortes de voies, par les oiseaux, par les entrailles, par le souffle, par le chêne. L'homme peut donc dire qu'il connaît le passé, le présent et l'avenir.
Considère encore ceci, mon fils, que chacun des autres animaux ne vit que dans une partie du monde : les animaux aquatiques dans l'eau, les animaux terrestres sur la terre, les volatiles dans l'air; tandis que l'homme use de tous les éléments : la terre, l'eau, l'air, le feu. Il voit même le ciel et le touche par cette sensation.
Dieu enveloppe tout et pénètre tout, car il est l'action et la puissance, et il n'y a rien de difficile à concevoir Dieu, mon fils. Mais si tu veux le contempler, mon fils, regarde l'ordre et la beauté du monde, la nécessité qui préside à ses manifestations, la providence qui règle ce qui a été et ce qui devient; vois la vie remplissant la matière, et le mouvement de ce grand Dieu avec tous les autres Dieux bons et beaux, et avec les démons et les hommes.



1.18

TAT. Mais ce sont de pures énergies, mon père?


1.19

HERMÈS. Si ce sont des énergies, qui les fait agir si ce n'est Dieu? Ignores-tu que si le ciel, la terre, l'eau et l'air font partie du monde, de même la vie et l'immortalité font partie de Dieu, et l'énergie, et le souffle, et la nécessité, et la providence, et la nature, et l'âme, et l’intelligence, et la permanence de toutes ces choses qu'on nomme le bien? Il n'y a rien dans ce qui est ou dans ce qui se produit où Dieu ne soit pas.


1.20

TAT. Il est donc dans la matière, mon père?


1.21

HERMES. La matière, mon fils, est hors de Dieu, si tu veux lui attribuer un lieu spécial; mais la matière qui n'est pas mise en œuvre est-elle autre chose qu'une masse confuse? Et si elle est mise en œuvre n'est-ce pas par des énergies, et nous avons dit que les énergies sont des parties de Dieu. De qui les vivants reçoivent-ils la vie et les immortels l’immortalité? Qui produit les transformations? Que ce soit matière, corps ou essence, sache que ce sont là des énergies de Dieu, énergie matérielle dans la matière, énergie corporelle dans les corps, énergie essentielle dans l'essence. Tout cet ensemble est Dieu, et dans l'univers il n'est rien qui ne soit Dieu. Ainsi il n'y a ni grandeur, ni lien, ni qualité, ni forme, ni temps au-delà de Dieu, car il est tout, il pénètre tout, il enveloppe tout. Adore cette parole et prosterne-toi, mon fils, et rends à Dieu le seul culte qui lui convienne, qui est de n'être pas mauvais.



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