LE DIEU INVISIBLE EST TRÈS APPARENT
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1.0

LE DIEU INVISIBLE EST TRÈS APPARENT / DISCOURS D'HERMÈS A SON FILS TAT


1.1

Je t'adresse ce discours, ô Tat, afin que tu sois initié au nom du Dieu supérieur. Si tu le comprends, ce qui semble invisible à la plupart sera pour toi très apparent. S'il était apparent, il ne serait pas; toute apparence est créée, puisqu'elle a été manifestée; mais l'invisible est toujours, sans avoir besoin de manifestation. Il est toujours et rend toutes choses visibles. Invisible, parce qu'il est éternel, il fait tout apparaître, sans se montrer. Incréé, il manifeste toutes choses dans l'apparence; l'apparence n'appartient qu'aux choses engendrées; elle n'est pas autre chose que la naissance. Celui qui seul est incréé est donc par cela même irrévélé et invisible, mais, en manifestant toutes choses, il se révèle en elles et par elles, à ceux surtout auxquels il veut se révéler.


1.2

Ainsi, ô mon fils Tat, prie d'abord le seigneur et le père, le seul. Tunique d'où est sorti l'unique, afin qu'il te soit propice et que tu puisses comprendre ce Dieu. Il faut pour cela qu'un de ses rayons illumine ta pensée. C'est la pensée seule qui voit l'invisible, parce qu'elle est invisible elle-même. Si tu le peux, tu le verras par les yeux de l'intelligence, ô Tat, car le seigneur n'est pas avare, il se révèle dans l'univers entier. Tu peux le comprendre, le voir, le saisir de tes mains et contempler l'image de Dieu. Mais comment pourrait-il se manifester à tes yeux, si ce qui est en toi est invisible pour toi-même? Si tu veux le voir, pense au soleil, pense au cours de la lune, pense à l'ordre des astres. Qui maintient cet ordre? car tout ordre est déterminé par le nombre et la place. Le soleil est le plus grand des Dieux du ciel, tous les Dieux célestes le reconnaissent comme leur roi et leur chef; et cet astre, plus grand que la terre et la mer, laisse rouler au-dessus de lui des astres bien plus petits que lui. Quel respect, quelle crainte l'y oblige, ô mon fils? Les courses de chacun de ces astres dans le ciel sont différentes et inégales ; qui a fixé à chacun d'eux la direction et la longueur de sa course? L'Ourse tourne sur elle-même et entraîne l'univers avec elle; qui s'en sert comme d'un instrument? Qui a fixé à la mer ses limites? Qui a posé les fondements de la terre?


1.3

Il y a donc, ô Tat, un créateur et un maître de tout cet univers. La place, le nombre, la mesure ne pourraient se conserver sans un créateur. L'ordre ne peut se faire sans une place et une mesure, il faut donc un maître, ô mon fils. Le désordre en a besoin pour arriver à l'ordre ; il obéit à celui qui ne l’a pas encore ordonné. Si tu pouvais avoir des ailes, voler dans l'air, et là, entre la terre et le ciel, voir la solidité de la terre, la fluidité de la mer, le cours des fleuves, la légèreté de l'air, la subtilité du feu, le cours des astres et le mouvement du ciel qui les enveloppe, ô mon fils, le magnifique spectacle! Comme tu verrais en un instant se mouvoir l'immuable, apparaître l'invisible dans l'ordre et la beauté du monde.


1.4

Si tu veux contempler le créateur, même dans les choses mortelles, dans ce qui est sur la terre ou dans les profondeurs, réfléchis, ô mon fils, à la création de l'homme dans le ventre de sa mère; examine avec soin l'art de l'ouvrier, apprends à le connaître d'après la divine beauté de son œuvre. Qui a tourné la sphère des yeux? qui a percé l'ouverture des narines et des oreilles? qui a ouvert la bouche? qui a tendu et enlacé les nerfs? qui a tracé les canaux des veines? qui a durci les os? qui a enveloppé la chair de peau? qui a séparé les doigts et les membres? qui a élargi la base des pieds? qui a creusé les pores? qui a étendu la rate? qui a formé la pyramide du cœur? qui a dilaté les flancs? qui a élargi le foie? qui a formé les cavernes des poumons, la cavité du ventre? qui a mis en évidence les parties honorables et caché les autres? Vois combien d'art sur une seule matière, quel travail sur une seule œuvre; partout la beauté, partout la proportion, partout la variété. Qui a fait toutes ces choses? quelle est la mère, quel est le père, si ce n'est l'unique et invisible Dieu qui a tout créé par sa volonté?


1.5

Personne ne prétend qu'une statue ou un tableau peut exister sans un sculpteur ou un peintre, el cette création n'aurait pas de créateur? Ο aveuglement, ô impiété, ô ignorance! Garde-toi, mon fils Tat, de priver l'œuvre de l'ouvrier; donne plutôt à Dieu le nom qui lui convient le mieux, appelle-le le père de toutes choses, car il est l'unique, et sa fonction propre est d'être père ; et si tu veux que j'emploie une expression hardie, son essence est d'engendrer et de créer. Et comme rien ne peut exister sans créateur, ainsi lui-même n'existerait pas s'il ne créait sans cesse, dans l'air, sur la terre, dans les profondeurs, dans l'univers, dans chaque partie de l'univers, dans ce qui existe et dans ce qui n'existe pas. Car il n'y a rien dans le monde entier qui ne soit lui, il est ce qui est et ce qui n'est pas, car ce qu'il est il l’a manifesté, ce qui n'est pas il le tient en lui-même.


1.6

Tel est le Dieu supérieur à son nom, invisible et apparent, qui se révèle à l'esprit, qui se révèle aux yeux, qui n'a pas de corps et qui a beaucoup de corps, ou plutôt tous les corps, car il n'est rien qui ne soit lui et tout est lui seul. C'est pourquoi il a tous les noms, car il est le père unique, et c'est pourquoi il n'a pas de nom, car il est le père de tout. Que peut-on dire de toi, que peut-on te dire? Où porterai-je mes regards pour te bénir, en haut, en bas, en dedans, en dehors? Nulle voie, nulle place qui soit hors de toi, il n'existe pas d'autres êtres, tout est en toi, tout vient de toi, tu donnes tout et tu ne reçois rien ; car tu possèdes tout et il n'y a rien qui ne t'appartienne.


1.7

Quand te louerai-je, ô père? car on ne peut saisir ni ton temps ni ton heure. Pour quoi te louerai-je? pour ce que tu as créé, ou pour ce que tu n'as pas créé? pour ce que tu révèles ou pour ce que tu caches? Comment te louerai-je? comme m'appartenant et ayant quelque chose en propre, ou comme étant un autre? car tu es tout ce que je puis être, tu es tout ce que je puis faire, tu es tout ce que je puis dire, car tu es tout et il n'est rien que tu ne sois! Tu es tout ce qui est né et tout ce qui n'est pas né, l’intelligence pensée, le père créateur, le Dieu agissant, le bien et l'auteur de toutes choses. Ce qu'il y a de plus subtil dans la matière est l'air, dans l'air l'âme, dans l'âme l'intelligence, dans l'intelligence Dieu.[11]



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