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Non, je ne puis admettre un univers sans âme L'azur prouve le jour et la chaleur la flamme. L'odeur de l'aigle absent reste au trou de granit, Je sens battre en mon coeur le sens de l'infini, J'écoute tressaillir les éternels mystères ! L'Etre a formé l'essor extatique des Sphères Et le rutilement des célestes émails. Le souffle universel, dans les arbres du mail Fait chanter le loriot, et, mouette sauvage, Vole, bleuâtre éclair, le long des verts rivages, Le sombre bois s'empreint d'une astrale harmonie Un regard d'ange s'ouvre au fond des insomnies. La matière éternelle et sans intelligence Serait restée inerte au fond d'un rêve immense Sans un orage monstrueux d'élan vital ! Quelle haleine engendra la bête et le métal ? Qui donc, troublant la paix de la substance unique, Qui donc la souleva d'un essor tyrannique ? Quel géant, capturant Isis, la vierge ailée, Distilla dans son sein les germes étoilés ? Les organes vivants sont une harmonie sombre, Une lyre parfaite aux cordelles sans nombre; Nul doigt ne peut toucher l'une des fibres, sans Faire chanter aussi l'ensemble frémissant. Il faut un chef d'orchestre aux vastes symphonies, Dont tressaille le monde énorme. Qui le nie, Sinon les nains rageurs et les coeurs aveuglés ? De la porte Univers l'esprit seul a la clé. Homme, tu dis que l'âme est la frêle étincelle Dont l'éclat rentrera dans l'ombre universelle Sans laisser une trace aux abîmes amers Pas plus que le bateau sombrant au fond des mers. Tu la vois cependant, cette âme misérable, Ainsi que l'aquilon qui courbe les érables, Incliner sous son souffle et les peuples mouvants Et le front des songeurs sur les sommets fervents, Tu la vois enchaîner des foules stupéfaites Au pas mystérieux et vaste des Prophètes, Tu la vois exalter des millions de coeurs Parmi le tourbillon des poèmes vainqueurs, Tu la vois étager des monuments superbes En marbre, en toile, en bronze, en or, en chiffre, en verbe, Et parfois reconstruire à côté du soleil Un astre de beauté, plus chaud et plus vermeil. Tu la vois s'enivrer de vérités conquises Et comme l'aigle vole au dessus des banquises Planer dans un sourire impérial, pendant Que son ombre sacrée dompte les ans grondants. Tu la vois dominer sous ses ailes immenses, Les pics inviolés de l'obscur avenir, Ainsi qu'une comète aux cheveux en démence Elle brûle les noirs firmaments de saphir, Elle plonge en rêvant dans le futur sublime Sous ses regards de feu la porte de l'Abîme S'entr'ouvre dévoilant le sort des nations. Calme, elle veut bâtir l'éternelle Sion, Et, pétrissant le monde énorme à son image, Elle crée le Prophète, elle engendre le Mage ! Le sombre Himalaya que l'ouragan étreint Comme un roi monstrueux sous un cercle d'airain Et qui regarde fuir, du haut de son extase, Le ruisseau des humains murmurant à sa base, Un jour s'écroulera sous le rubis pesant Des tonnerres, unis aux noirs fleurons des ans. Mais toi, l'âme Immortelle, ainsi qu'une colombe, Tu planeras, resplendissante, sur sa tombe, Montrant à ce titan que le gouffre a dompté Le triomphe de l'aube et de l'éternité 1 L'espace est l'atelier d'un forgeron sublime, L'esprit de Dieu parcourt les cercles de l'Abîme, Les souffrances sans doute engendreront demain Sous le marteau d'azur des bonheurs surhumains, Jéhova, l'alchimiste au masque de phosphène, Avec les os des morts compose un vin d'aurore. Un jour, sur les sommets brusquement radieux, Les vivants le boiront et deviendront des dieux, Devant le grand destin, qu'importent nos chimères ! Qu'importent la clameur des bouches éphémères ! Le monde immensément s'élance vers les cieux, Les astres, éblouis de rêve, sont ses yeux, Les volcans râclent son désir sur les planètes, Dans son sang bondissant les ouragans se jettent, Le prodigieux coeur des mers se gonfle et bat. A travers la terreur cosmique des combats, Tout monte, tout grandit, tout fleurit, tout aspire, Vers la lumière sainte et l'éternel empire L'insondable palpite au zénith des soleils Hommes, bêtes et dieux dressent leur front vermeil, Leurs entrailles broyées pleurent dans la clepsydre Leur chevelure amère est fourmillante d'hydres, Ils tombent sous l'assaut innombrable des rats. Mais un jour un rayon sacré transformera Sous l'oeil mystérieux des firmaments étranges La chenille du monde en flamboyant archange.

Citation n° 1159: François Brousse, (Perpignan 1913 - Clamart 1995)  , Poète, philosophe et écrivain français Spiritualité Nouvelle, François BROUSSE, “ L’aigle blanc d’Altaïr ”, éd. La Licorne Ailée, 1987, poeme intitule "LUMIERE L'INITIÉ", p.108-111




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