Asclepius
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9.1
Et puisque nous sommes amenés à parler de la parenté et de la ressemblance des hommes et des Dieux, connais, ô Asclèpios, le pouvoir et la force de l'homme. Comme le seigneur et le père, ou, ce qui est le terme le plus élevé, Dieu, est le créateur des Dieux célestes, ainsi l’homme est créateur des Dieux qui sont dans les temples, contents de la proximité de l'homme, et non seulement sont illuminés, mais encore illuminent. Cela en même temps profite à l'homme et affermit les Dieux. Admires-tu, ô Asclèpios, ou manques-tu de foi comme plusieurs?


9.2
ASCLÈPIOS : Je suis confondu, ô Trismégiste; mais, m'accordant volontiers à tes paroles, je juge très heureux l'homme qui a obtenu une telle félicité.


9.3
HERMÈS : Certes, il mérite qu'on l'admire, celui qui est le plus grand de tous les Dieux. Car leur race est formée de la partie la plus pure de la nature, sans mélange d'autres éléments, et leurs signes visibles ne sont pour ainsi dire que des têtes (les astres). Mais l'espèce de Dieux que forme l'humanité est composée de deux natures, l'une divine, qui est la première et de beaucoup la plus pure; l'autre qui appartient à l'homme, c'est la matière dont sont fabriqués ces Dieux, qui n'ont pas seulement des têtes, mais des corps entiers avec tous leurs membres. Ainsi l'humanité, se souvenant de sa nature et de son origine, persévère en cela dans l'imitation de la divinité : car de même que le père et le seigneur a fait les Dieux éternels semblables à lui-même, ainsi l'humanité a fait ses Dieux à sa propre ressemblance.


9.4
ASCLÈPIOS : Veux-tu dire les statues, ô Trismégiste?


9.5
HERMÈS : Oui, les statues, ô Asclèpios; vois-tu comme tu manques de foi? Les statues animées, pleines de sentiment et d'aspiration, qui font tant et de si grandes choses; les statues prophétiques, qui prédisent l'avenir par les songes et toutes sortes d'autres voies, qui nous frappent de maladies ou guérissent nos douleurs selon nos mérites. Ignores-tu, ô Asclèpios, que l'Egypte est l'image du ciel, ou plutôt, qu'elle est la projection ici-bas de toute l'ordonnance des choses célestes? S'il faut dire la vérité, notre terre est le temple du monde. Cependant, comme les sages doivent tout prévoir, il est une chose qu'il faut que vous sachiez : un temps viendra où il semblera que les Égyptiens ont en vain observé le culte des Dieux avec tant de piété, et que toutes leurs saintes invocations ont été stériles et inexaucées. La divinité quittera la terre et remontera au ciel, abandonnant l'Egypte, son antique séjour, et la laissant veuve de religion, privée de la présence des Dieux. Des étrangers remplissant le pays et la terre, non seulement on négligera les choses saintes, mais, ce qui est plus dur encore, la religion, la piété, le culte des Dieux seront proscrits et punis par les lois. Alors, cette terre sanctifiée par tant de chapelles et de temples sera couverte de tombeaux et de morts. Ο Egypte, Egypte! il ne restera de tes religions que de vagues récits que la postérité ne croira plus, des mots gravés sur la pierre et racontant la piété. Le Scythe ou l'Indien, ou quelque autre voisin barbare habitera l’Egypte. Le divin remontera au ciel, l'humanité abandonnée mourra tout entière, et l'Egypte sera déserte et veuve d'hommes et de Dieux.


9.6
Je m'adresse, à toi, fleuve très saint, et je t'annonce l'avenir. Des flots de sang, souillant tes ondes divines, déborderont tes rivages, le nombre des morts surpassera celui des vivants, et s'il reste quelques habitants, Égyptiens seulement par la langue, ils seront étrangers par les mœurs. Tu pleures, ô Asclèpios! Il y aura des choses plus tristes encore. L'Egypte elle-même tombera dans l'apostasie, le pire des maux. Elle, autrefois la terre sainte, aimée des Dieux pour sa dévotion à leur culte; elle sera la perversion des saints, l'école de l'impiété, le modèle de toutes les violences. Alors, plein du dégoût des choses, l'homme n'aura plus pour le monde ni admiration ni amour. Il se détournera de cette œuvre parfaite, la meilleure qui soit dans le présent comme dans le passé et l'avenir. Dans l'ennui et la fatigue des âmes, il n'y aura plus que dédain pour ce vaste univers, cette œuvre immuable de Dieu, cette construction glorieuse et parfaite, ensemble multiple de formes et d'images, où la volonté de Dieu, prodigue de merveilles, a tout rassemblé dans un spectacle unique, dans une synthèse harmonieuse, digne à jamais de vénération, de louange et d'amour. On préférera les ténèbres à la lumière, on trouvera la mort meilleure que la vie, personne ne regardera le ciel.


9.7
L'homme religieux passera pour un fou, l'impie pour un sage, les furieux pour des braves, les plus mauvais pour les meilleurs. L'âme et toutes les questions qui s'y rattachent, — est-elle née mortelle, peut-elle espérer conquérir l'immortalité? — tout ce que je vous ai exposé ici, on ne fera qu'en rire, on n'y verra que vanité. Il y aura même, croyez-moi, danger de mort pour qui gardera la religion de l'intelligence. On établira des droits nouveaux, une loi nouvelle, pas une parole, pas une croyance sainte, religieuse, digne du ciel et des choses célestes. Déplorable divorce des Dieux et des hommes! il ne reste plus que les mauvais anges, ils se mêlent à la misérable humanité, leur main est sur elle, ils la poussent à toutes les audaces mauvaises, aux guerres, aux rapines, aux mensonges, à tout ce qui est contraire à la nature des âmes. La terre n'aura plus d'équilibre, la mer ne sera plus navigable, le cours régulier des astres sera troublé dans le ciel. Toute voix divine sera condamnée au silence, les fruits de la terre se corrompront et elle cessera d'être féconde; l'air lui-même s'engourdira dans une lugubre torpeur. Telle sera la vieillesse du monde, irréligion et désordre, confusion de toute règle et de tout bien.


9.8
Quand toutes ces choses seront accomplies, ô Asclèpios, alors le seigneur et le père, le souverain Dieu qui gouverne l'unité du monde, voyant les mœurs et les actions des hommes, corrigera ces maux par un acte de sa volonté et de sa bonté divine; pour mettre un terme à l’erreur et à la corruption générale, il noiera le monde dans un déluge, ou le consumera par le feu, ou le détruira par des guerres et des épidémies, et il rendra au monde sa beauté première,[8] afin que le monde semble encore digne d'être admiré et adoré, et qu'un concert de louanges et de bénédictions célèbre encore le Dieu qui a créé et restauré un si bel ouvrage. Cette renaissance du monde, ce rétablissement de toutes les bonnes choses, cette restitution sainte et religieuse de la nature aura lieu après le temps fixé par la volonté divine et partout éternelle, sans commencement et toujours la même.


9.9
ASCLÈPIOS : En effet, la nature de Dieu est volonté réfléchie, bonté souveraine et sagesse, ô Trismégiste.


9.10
HERMÈS : Ο Asclèpios, la volonté naît de la réflexion, et vouloir même est un acte de volonté. Car il ne veut rien au hasard, celui qui est la plénitude de toutes choses et qui possède tout ce qu'il veut. Mais tout ce qu'il veut est bon et il a tout ce qu'il veut; tout ce qui est bon il Je pense et il le veut. Tel est Dieu, et le monde est l'image de sa bonté.


9.11
ASCLÈPIOS : Le monde est-il bon, ô Trismégiste?


9.12
HERMÈS : Oui, le monde est bon, ô Asclèpios, comme je te renseignerai. De même que Dieu accorde à tous les êtres et à toutes les classes qui sont dans le monde les biens de toutes sortes, c'est-à-dire la pensée, l'âme et la vie, ainsi le monde partage et distribue tout ce qui semble bon aux mortels, les périodes alternées, les fruits de chaque saison, la naissance, J'accroissement, la maturité et autres choses semblables. Et c'est ainsi que Dieu est assis au-dessus du sommet du ciel, présent partout et voyant tout. Car il y a au-delà du ciel un lieu sans étoiles, en dehors de toutes choses corporelles. Entre le ciel et la terre règne le dispensateur de la vie que nous appelons Jupiter (Zeus). Sur la terre et la mer règne Jupiter Plutonius (Zeus souterrain, Sarapis?) qui nourrit tous les animaux mortels, les plantes et les arbres qui portent des fruits sur la terre. Ceux qui doivent dominer la terre seront envoyés et établis à l'extrémité de l'Egypte, dans une ville qui sera bâtie vers l'occident et où, par mer et par terre, affluera toute la race mortelle.


9.13
ASCLÈPIOS : Mais où sont-ils maintenant, ô Trismégiste?


9.14
HERMÈS : Ils sont établis dans une grande cité, sur la montagne de Libye. Et en voilà assez.  



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