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La conscience
La conscience : définition et iconographie
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La conscience : Définition et études

La notion de conscience en philosophie


Le mot français conscience souffre d'une ambiguïté dont semblent indemnes ses équivalents dans d'autres langues. Il y a d'une part le sens moral, dominant jusqu'au XVIe siècle, correspondant à conscience dans la langue anglaise (allemand: Gewissen), sens qu'on trouve dans des expressions comme «avoir bonne - ou mauvaise - conscience», «en votre âme et conscience», «avoir la conscience tranquille», «conscience professionnelle», «objection de conscience», «cas de conscience». La conscience, en ce sens, c'est la propriété qu'aurait l'esprit humain de distinguer immédiatement et spontanément le bien du mal; pour qui en défend l'existence, la conscience morale se manifesterait entre autres sous la forme de la voix morale qui défend ou commande, par laquelle nous jugerons de la valeur morale de nos actes futurs, ou par ce retour à soi par lequel nous évaluons nos actes passés, dans la joie (la conscience «en paix»: satisfaction morale) ou la douleur (le remords). Mais peut-être cette conscience morale n'a-t-elle rien de spontané ni d'inné chez ceux qui en seraient dotés: peut être n'est-elle qu'une intériorisation, dans le cas des éducations morales réussies, des normes morales extérieures.Le second sens est dominant en philosophie depuis Descartes, et c'est à lui que les lignes suivantes se limiteront: il correspond à l'anglais consciousness et à l'allemand Bewusstsein, se trouve dans des expressions comme «avoir, prendre, perdre conscience» et dérive plus nettement du latin scire qui signifie «savoir». Le problème philosophique central est précisément de savoir ce que sait celui qui «a conscience», autrement dit quelle connaissance la conscience nous livre, et quelle en est la valeur.

Description de la conscience



«Qu'est-ce que la conscience ?» demandait Bergson. Et il répondait: «Vous pensez bien que je ne vais pas vous définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous» (l'Énergie spirituelle). La conscience semble en effet à ce point une donnée immédiate qu'il semble impossible de la résoudre en éléments plus simples et donc de la définir sans pétition de principe. On ne saurait assimiler des formules comme «la conscience est la connaissance ou l'intuition qu'a l'esprit de ses états et de ses actes» à des définitions puisque cette «connaissance» ou cette propriété réflexive (ses actes) supposent la conscience plus qu'ils ne l'expliquent. Mais, à défaut de la définir, on peut au moins la décrire. Celui qui perd conscience perd ainsi deux choses: la connaissance de ce qui lui est extérieur, le monde, et de ce qu'il est lui-même. Corollairement, avoir conscience, c'est avoir à la fois conscience du monde et de soi, c'est-à-dire tout uniment de la présence du monde à soi et de sa propre présence au monde; la prise de conscience enfin (qu'elle soit celle d'un individu, d'une classe sociale ou d'un peuple), c'est encore la reconnaissance de l'identité de sa place dans une situation objective donnée. La conscience ne s'épuise donc ni dans la conscience réflexive de soi, ni dans la conscience «transitive» d'autre chose, puisqu'elle est la relation indissoluble qui les lie. Telle est la donnée immédiate telle qu'elle s'offre à l'évidence.

La conscience comme première certitude : le Cogito



C'est cette valeur d'immédiate et d'évidence absolue qui fait de la conscience, selon Descartes, le premier maillon de toutes les vérités dans l'ordre de la connaissance certaine. Pour qui cherche en effet «quelque chose de ferme et de constant dans les sciences» et a donc pour cela méthodiquement rejeté «toutes les choses que peuvent être révoquées en doute» (Méditations métaphysiques, I), «je suis, j'existe» apparaît comme la première des vérités indubitables, car elle surgit non pas contre le doute et en dépit de lui, mais au sein et à cause du doute lui-même: plus je m'efforce de douter que je suis, plus la conscience que j'ai de ce doute me confirme mon existence et m'empêche donc d'en douter.La conscience est donc d'abord conscience d'une existence : la mienne, «moi». Mais Descartes montre dans la suite de la Deuxième méditation qu'on peut parvenir à l'essence de ce moi ainsi dégagé et qu'il est et se limite à cette conscience même. «Qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent.» De là deux thèses: d'une part, la conscience est conçue comme une substance, subsistant indépendamment du corps et subsistant identique à soi quels que soient ses «modes» (perception, imagination, jugement, volonté, etc.); d'autre part, la conscience et la pensée sont conçues comme identiques («Par le nom de pensée, j'entends tout ce qui se fait en nous de façon que nous en soyons conscients et pour autant que nous ayons conscience» - Réponses aux deuxièmes objections), ce qui ôte a priori tout sens à l'idée de pensée inconsciente. C'est contre l'une ou l'autre de ces deux thèses cartésiennes que se sont élaborées la majorité des conceptions ultérieures de la conscience.

La conscience est-elle une substance ?
Contre l'indépendance de la conscience et du corps se sont élevés tous les matérialistes, à la suite de Gassendi, qui objectait déjà à Descartes: «Il vous faut prouver que ce corps grossier et pesant ne contribue en rien à votre pensée quoique néanmoins vous n'ayez jamais été sans lui... et partant que vous pensez indépendamment de lui» (Cinquièmes objections). La conscience est ainsi, selon lui, un effet étroitement dépendant du cerveau. Contre la permanence substantielle de la conscience se sont élevés tous les empiristes à la suite de Hume: «Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime que nous appelons notre moi... Pour ma part, je ne peux me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception» (Traité de la nature humaine, I, 4, vi). La conscience ne me livre jamais un moi pur et nu, elle n'est qu'un faisceau d'impressions. Mais c'est surtout la conception phénoménologique de la conscience qui semble rompre définitivement avec la conception cartésienne d'une conscience-substance.Reprenant à son maître, le psychologue allemand Brentano, le concept d'intentionnalité, Husserl en fait la caractéristique essentielle de la conscience: «C'est l'intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort.» Par intentionnalité, il faut entendre «cette propriété qu'ont les vécus d'être conscience de quelque chose... Ainsi une perception est perception de, par exemple d'une chose, un jugement est jugement d'un état de choses: une évaluation, d'un état de valeur; un souhait porte sur un état de souhait, ainsi de suite» (Idées directrices pour une phénoménologie, I, 84). La conscience ainsi conçue n'est plus une chose permanente dans le temps, fermée sur elle-même et régie par le principe d'identité, mais toujours déjà une relation, ouverture à autre chose. Comme le commente Sartre: «La conscience et le monde sont donnés d'un coup». Ainsi, «la conscience s'est purifiée, elle est claire comme un grand vent, il n'y a plus rien en elle sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi; [...] car la conscience n'a pas de "dedans": elle n'est rien que le dehors d'elle-même, et c'est cette fuite absolue, ce refus d'être substance qui la constituent comme une conscience» (Situations, I).


La conscience et ses illusions



C'est contre l'autre aspect de la thèse cartésienne que se sont élevés tous ceux qui ont refusé de faire de la conscience un moyen fiable, transparent et immédiat de connaissance, que ce soit de soi ou du monde. À l'identité de la pensée et de la conscience, Leibniz oppose la distinction de la perception et de l'aperception: «Il ne s'ensuit pas de ce qu'on ne s'aperçoit pas de la pensée qu'elle cesse pour cela... Je dis bien plus: il reste quelque chose de toutes nos pensées passées et aucune n'en saurait jamais être effacée complètement... Toutes les impressions ont leur effet, mais tous les effets ne sont pas toujours notables... En un mot, c'est une grande source d'erreurs de croire qu'il n'y a aucune perception dans l'âme que celle dont on s'aperçoit» (Nouveaux essais, II, 1). La conscience n'est donc qu'une connaissance partielle, et la pensée la déborde de toutes parts, qu'elle soit perception, mémoire ou impression. Encore n'est-elle pas vraiment trompeuse pour Leibniz, comme elle l'est pour Spinoza, pour qui la conscience n'est qu'un effet (la conscience est seconde par rapport à l'idée dont elle est conscience) et non une cause première, ce qui ne peut manquer d'en faire un lieu d'illusion: se croyant source des effets - en particulier sur le corps - dont elle ignore les causes, la conscience se croit libre.C'est cette même illusion qu'en des sens différents dénoncent Nietzsche et Marx: pour Nietzsche, «une pensée ne me vient pas quand je veux mais quand elle veut»; la conscience n'est donc là encore qu'un effet dont nul n'est maître, en tout cas pas moi; d'ailleurs, «la conscience du moi est le dernier trait qui s'ajoute à l'organisme quand il fonctionne déjà parfaitement, elle est presque superflue» (Posthumes). Pour Marx aussi, la conscience est plutôt produite que productrice: elle est «un produit social et demeure telle aussi longtemps que les hommes existent» (Idéologie allemande); car «ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence; c'est inversement leur existence sociale qui détermine leur conscience» (Préface de la Critique de l'économie politique).Mais c'est Freud sans doute qui, avec sa nouvelle conception de l'inconscient, lieu non pas marginal mais central de la vie psychique, achève de chasser la conscience du trône où l'avait placée Descartes. Tel serait le dernier des trois grands démentis que, selon Freud, la science aurait infligés à l'égocentrisme et à la mégalomanie humaine: l'héliocentrisme copernicien avait chassé l'homme de la place centrale qu'il croyait occuper dans l'univers; l'évolutionnisme darwinien de la place qu'il croyait être la sienne dans l'ordre des créatures terrestres: désormais, «le moi n'est pas seulement maître dans sa propre maison, il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience dans sa vie psychique» (Introduction à la psychanalyse, III, 18).

L'approche psychanalytique de la conscience



La théorie métapsychologique freudienne accorde à la conscience un rôle essentiel comme repère situant les phénomènes psychiques. Dans sa première topique, Freud organise autour de la conscience les trois instances de l'Inconscient, du Préconscient et du Conscient.La conscience est liée à ce que Freud appelle «le système perception-conscience». C'est une fonction périphérique de l'appareil psychique qui reçoit les informations du monde extérieur et celles venant des souvenirs et des sensations internes de plaisir ou de déplaisir. Le caractère immédiat de cette fonction perceptive entraîne une impossibilité pour la conscience de garder une trace durable de ces informations. Elle les communique au préconscient, lieu d'une première mise en mémoire. La conscience perçoit et transmet des qualités sensibles. FrFreudeud emploie des formules comme «indice de perception, de qualité, de réalité» pour décrire la teneur des opérations du système perception-conscience.Sur le plan économique, la conscience dispose d'une énergie libre et mobile capable d'investir avec plus ou moins d'intensité des éléments externes ou internes. C'est le mécanisme de l'attention.Sur le plan dynamique, la conscience intervient dans les processus de pensée, à entendre comme reviviscence des souvenirs, raisonnements ou élaborations à partir des représentations psychiques. Selon Freud la prise de conscience des processus de pensée dépend de leur association avec des «restes verbaux» pris comme nouvelles perceptions. C'est à cette fonction qu'il est fait appel dans la cure analytique qui s'efforce de mobiliser des éléments inconscients pour les ramener à la conscience. Ainsi le patient pourra «perlaborer», c'est-à-dire retravailler ces éléments après leur remémoration, leur construction dans l'analyse, leur répétition dans le transfert et leur interprétation par le thérapeute. Si la conscience joue un rôle important dans la dynamique des conflits psychiques (évitement conscient des perceptions désagréables), sa place dans le mécanisme de la cure reste un thème majeur de réflexion.




Source : Données encyclopédiques, copyright © 2001 Hachette Multimédia / Hachette Livre, tous droits réservés.

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