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Zhuangzi



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En savoir + : Vie et enseignement de Zhuangzi
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Je ne perçois plus avec les yeux mais appréhende avec mon esprit (?). Là où s’arrête la connaissance sensorielle, c’est le désir de l’esprit qui a libre cours.





3037 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.3, trad. Anne Cheng, 1997, p.118  








L’homme parfait est pur esprit ! Il ne ressent pas la chaleur de la brousse enflammée ni la froideur des eaux débordées ; la foudre qui fend les montagnes, la tempête qui soulève l’océan ne sauraient l’effrayer. Celui-là, les nuées sont ses attelages, le soleil et la lune sont ses montures. Il vagabonde au-delà des Quatre mers ; les alternances de la vie et de la mort ne le concernent pas, encore moins les notions de bien et de mal.





3036 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.2, trad. Kaltermark, 1965, p.118  








Le saint ignare, franchit les millénaires. Et Un (?), se fait pur. (?)





3017 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.2, trad. J.C Pastor, 1990, p.47  








Les dix milles êtres avec moi sont un. (?)





3016 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.2, trad. J.C Pastor, 1990, p.43  








Où as tu entendu cela ? Je l’ai appris de fils d’Ecriture, ce dernier du petit-fils de Récitation, qui l’a appris de Regard illuminé (??), qui lui l’avait appris de Murmure-Accorde, qui l’avait appris de Chant Joyeux, ce dernier l’ayant appris de l’Obscurité noire (??), qui l’avait appris de Union du Vide (??), elle même l’ayant appris d’Origine Evanescente (??).





3015 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.5, trad. modifiée de J.C. Pastor, 1990, p.81  








Dans le Tao, il y a de la réalité, de l’efficacité, mais il n’agit, ni n’a de forme (?). On peut l’obtenir, mais non pas le voir. Il est à lui-même tronc et racine. Avant qu’il n’y ait eut ciel et terre, il a existé de toute éternité. Il donne leur pouvoir aux esprits des morts (??) et des ancêtres royaux (??) ; il donne la vie au Ciel et à la Terre.





3013 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.6, trad. Kaltermark, 1965, p.106  








Laisse ton esprit s’ébattre dans la fadeur, uni ton souffle dans l’indifférencié, suis le spontané et sois sans égoïsme. (?)





3011 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.7, trad. J.C. Pastor, 1990, p.90  








L’homme supérieur n’a pas de moi (?), l’homme spirituel (??) ne garde aucun de ses mérites. Le sage n’a pas de nom.





3010 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.1, trad. A.C graham, 1981, p.45  








Avant que j’aie pu employer cette méthode, j’avais conscience de mon moi (?) ; maintenant que j’ai pu l’employer, c’est comme si moi, Houei, je n’avais jamais existé. Est-ce cela le Vide (?)? Parfaitement, répondit Confucius.





3009 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.4, trad. Kaltermark, 1965, p.123  








Mort et vie, conservation et destruction, succès et échec, pauvreté et richesse, compétence et incompétence, calomnie et apologie, faim et soif. Ce sont toutes les alternances du Destin. Elles opèrent jour et nuit et on ne peut connaîtrent leurs sources. A quoi bon donc, les laisser troubler notre paix.





3005 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.5  








Joie et courroux, peine et plaisir, souci et regret, inconstance et raideur, insouciance et licence, insolence et contenance, musique venant du Vide, champignons nés de vapeurs, jours et nuit alternent on ne sait comment ! Assez ! Assez !





3004 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.2, trad. J.C Pastor, 1990, p.38  








Tu as entendu dire que l’on pouvait voler avec des ailes, mais non que l’on puisse voler sans ailes. Tu as entendu dire que l’on peut savoir avec l’intelligence (?), mais non que l’on puisse savoir sans l’intelligence (?).





3001 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.4, trad. I. Robinet, 1996, p.248  








Du Tao on ne peut affirmer qu’il est ou qu’il n’est pas. Le nom du Tao n’est d’ailleurs qu’un artifice à des fins pratiques. […] Si la parole était vraiment adéquate, elle épuiserait en un jour le problème du Tao ; comme elle ne l’est pas, elle peut tout juste épuiser en un jour ce qui concerne un être ou une chose. Le Tao est au-delà des êtres visibles, ni la parole, ni le silence ne saurait l’assumer. Renonçons et à la parole et au silence : nous sommes à l’extrême limite de la pensée.





3000 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.25, trad. Kaltermark, 1965, p.105-106  








Le fait d’affirmer « c’est cela », « ce n’est pas cela », voilà ce que je considère comme caractéristique de l’humain. Pour moi, en être dépourvu, c’est ne pas se laisser affecter intérieurement (?) par ses goûts et ses dégoûts (??), avoir pour règle de vie de suivre le cours naturel (???) sans prétendre apporter quelque chose à la vie.





2998 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.5, trad. Anne Cheng, 1997, p.125  








Qu'entends-tu par t'asseoir dans l'oubli (??) ? " Demanda Confucius, très surpris. - " J'abandonne mon corps (??), rejette ma perception, m'éloigne de ma forme (?), me sépare de mon intelligence (??). Et m'unis à la Grande Interaction (??). Voilà ce que j'entends par m'asseoir dans l'oubli.





2996 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.6, trad. J.C. Pastor, 1990, p.86-87  








Je désirais l’enseigner, espérant qu’il deviendrait un saint ; je pensais qu’en tout cas il serait facile de communiquer le principe à qui en possédait déjà les dispositions. L’ayant pris à part, je lui donnais des explications et le surveillais. Au bout de trois jours, il put évacuer (??) le monde (??) de sa conscience (1) : je continuais à le surveiller ; au bout de sept jours, il put en évacuer (??) les choses (?) proches (2) ; je continuais à le surveiller : au bout de neuf jours, il put évacuer (??) sa propre existence (?) (3), il vit une aurore l’illuminer (??) (4). Quand il fut illuminé par l’aurore, il eut la vision unitive (?) (5) ; après avoir eu la vision unitive, il n’eut plus ni passé ni présent ; quand il n’eut plus ni passé ni présent, il entra dans le domaine où il n’y a ni vie ni mort.





2995 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.6, trad. Kaltermark, 1965, p.112  








Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’autre.





2991 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.2.  








Confucius, un jour qu’il allait visiter le saint taoïste, le trouva complètement " inerte et n’ayant plus l’apparence d’un vivant ". Confucius dut attendre un certain temps avant de pouvoir adresser la parole à son hôte : " Mes yeux m’ont ils trompés dit-il ou bien était-ce réel ? A l’instant, Maître, votre corps (??) ressemblait à un morceau de bois sec, vous paraissiez avoir quitté le monde et les hommes et vous être installé dans une solitude inaccessible "» - Oui, répondit Lao Tan, " je suis allé m’ébattre à l’origine de toutes choses".





2990 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.21, trad. Kaltermark, 1965, p.81  








Les livres que tu as étudiés ne sont que les empreintes effacées des pas des Sages du passé. Ces empreintes sont laissées par des chaussures, mais elles ne sont pas ces chaussures.





1245 |  Taoisme
Source : XIV, trad. Chang Chung Yuan et C Eisen  








Nous rêvons que nous festoyons ; l'aube venue, nous pleurons. Au soir, nous pleurons, le lendemain matin, nous partons à la chasse. Pendant que nous rêvons nous ne savons pas que c'est un rêve. Dans notre rêve nous expliquons un autre rêve, et ce n'est qu'au réveille que nous savons que c'était un rêve. Et ce ne sera qu'au moment du grand réveil que nous saurons que c'était un grand rêve. Il n'y a que les sots qui se croient éveillés, ils en sont même parfaitement certains. Princes, bergers, tous uns dans cette même certitude ! Confucius et vous ne faites que rêver ; et moi qui dis que vous rêvez, je suis aussi en rêve.





880 |  Taoisme
Source : Zhuangzi 2, traduit par Anne Cheng, Histoire de la pensée Chinoise, Edition du Seuil, 1997, chap. 4  








Un jour, Zhuangzi rêvait qu'il était un papillon : il en était tout à l'aise d'être papillon, qu'elle liberté ! Quelle fantaisie ! Il en avait oublié qu'il était Zhou. Soudain il se réveille, et se trouve tout ébahi dans la peau de Zhou. Mais il ne sait plus si c'est Zhou qui a rêvé qu'il était papillon, ou si c'est un papillon qui a rêvé qu'il était Zhou. Mais entre Zhou et le papillon, il doit bien avoir une distinction : c'est là ce qu'on appelle la transformation des êtres.





867 |  Taoisme
Source : traduit par Anne Cheng, Histoire de la pensée Chinoise, Edition du Seuil, 1997, chap. 4  








Ziqi de Nanguo, accoudé sur un guéridon,
En extase, comme privé de son compagnon,
Soupirait doucement vers le ciel.
Yancheng Ziyou, debout à ses côtés :
"Que se passe t-il ?
Peux tu faire de ton corps un bois sec
Et de ton esprit (xin) une cendre morte ?
Cet homme accoudé n'est point celui d'hier ! "
Ziqi répondit :
" A l'instant, le sais-tu, j'ai perdu mon moi.
De l'homme tu entends le chant,
Mais de la terre rien encore.
Et, si de la terre tu entends la rumeur,
Au Ciel, ô combien sourd tu demeures ! "





823 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.II, traduction par Isabelle Robinet  








Ainsi, ce qu'il aimait était Un,
Ce qu'il n'aimait pas était Un,
Ce qui en lui était unifié était Un,
Ce qui en lui ne l'était pas était Un,
Étant unifié, il était le compagnon du Ciel,
Ne l'étant pas, il était le compagnon de l'homme.
Quand Ciel et homme ne rivalisent pas,
C'est là qu'apparaît l'homme Véritable.





765 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.V, traduction par Isabelle Robinet  








Un tel homme ne sait ce qu'œil et oreille approuvent:
Son esprit s'ébat dans l'harmonie de la Vertu.
Il voit l'unité des êtres et des choses et non leur perte,
Son pied coupé n'est qu'une motte arrachée.
-Il ne fait que travailler à sa perfection, dit Chang Ji.
Par son intelligence, il accède à son esprit;
Par son esprit, il accède à l'esprit constant.
Pourquoi les êtres affluent-ils vers lui?
L'homme ne prend pour miroir l'eau qui court
Mais celle qui dort, dit Confucius.
Seul l'arrêt peut calmer la multitude.
Investis du Décret Terrestre,
Seuls le pin et le cyprès, autonomes, sont parfaits
Hiver comme été ils garderont leur verdeur.
Investi du Décret Céleste
Seul Shun, autonome , se rectifie :
Par grâce il peut rectifier sa propre nature
Et par là même rectifie celle de la multitude.
Pas de peur pour qui garde la trace de l'origine.
Le guerrier brave affronte les neuf armées sans crainte
Qui cherche le renom
Et y parvient par soi-même agit de la sorte.
Celui qui gouverne Ciel et Terre,
Se fait le réceptacle des Dix mille êtres
Habite son corps comme une demeure éphémère,
Ne se fie ni à ses yeux ni à ses oreilles,
Unifie son savoir par la sagesse.





753 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.V, traduction par Isabelle Robinet  








Ainsi, le Saint s'ébat:
Pour lui, le savoir est une malédiction,
L'engagement un enchaînement,
Les faveurs une corruption,
L'habileté un commerce.
Le Saint est sans projet : que ferait-il du savoir?
Il ne découpe rien : que ferait-il de la colle?
Il ne perd rien: comment chercherait-il à obtenir?
Il ne convoite aucun bien. pourquoi commercerait-il?
Ces quatre positions sont le Don du Ciel ;
Le Don du Ciel est une nourriture :
Nourri par le Ciel, pourquoi en appellerait-il à l'humain?
De l'homme, il a la forme mais non les penchants.
Ayant cette forme, il se mêle aux hommes.
Sans leurs penchants,
Un tel homme fautait sans regrets
Et réussissait sans fatuité.
Un tel homme grimpait sans vertige,
S'immergeait sans se mouiller
Et plongeait dans le feu sans se brûler.
Ainsi était la connaissance à hauteur de la Voie.
L'homme Véritable des temps anciens
Dormait sans rêver, Se réveillait sans soucis,
Mangeait sans goûter
Et respirait en profondeur.
L'homme Véritable respire par les talons;
Les gens du commun par la gorge,
Subjugués, on dirait qu'ils vagissent.
Quand passions et désirs sont profonds
Faible est la force interne du Ciel.
L'homme Véritable des temps anciens
Ignorait l'amour de la vie et la haine de la mort,
Ne se réjouissait pas d'apparaître
Et ne refusait pas de disparaître.
Alerte et léger, il arrivait et repartait. C'était tout.
Conscient de son origine et peu soucieux de sa fin,
Recevant la vie, il en jouissait ;
La perdant, il retournait à la source,
C'est ce qu'on appelle ne pas nuire à la Voie par l'esprit
Et ne pas agir en homme pour assister le Ciel.
C'est cela être un homme Véritable.
Un tel homme avait l'esprit attentif,
Le visage serein et le front large.
Austère, il était comme l'automne;
Chaleureux, il était comme le printemps.
Ses joies et ses colères épousaient les quatre saisons.
Il s'accordait aux êtres et aux choses
Sans que nul ne connaisse ses limites.
Ainsi, quand le Saint levait des troupes,
Il détruisait un pays sans perdre le peuple.
Répandant ses bienfaits sur mille générations,
Il n'aimait pas d'amour partial.
Ainsi, qui jubile en circulant au travers des êtres,
N'est pas un Saint.





729 |  Taoisme
Source : Zhuangzi, chap.V, traduction par Isabelle Robinet  
Remarque : Il n'y a rien à acquérir une conquête serait de main d'homme et ne pourrait donc être éternelle, ne subsisterait pas. En d'autres termes, l'ordre est fondamental. Le langage, de même, est d'abord rupture, puis mouvement désordonné, " pépiement d'oiseau ", lorsqu'il n'est qu'humain. Il entre dans un autre ordre lorsque le silence y est inclus, lorsqu'il est langage-silence qui inclut sa limite, sa faille. Il s'ouvre alors sur ce qui ne s'épuise pas. Mais sans conteste, la plus forte réponse de Zhuangzi, la plus imagée et la plus présente au long de l'œuvre, la seule sur laquelle il s'attarde, est d'ordre théologique - elle est le Saint. Le Saint, anonyme, unité thématique, fonction sociale et ontologique, signe de l'Homme par excellence, dont l'excellence est de dépasser l'humain et d'accéder à l'universel et au " céleste ". Le texte de Zhuangzi est le plus ancien, le premier que nous connaissions à décrire cette figure qui deviendra un élément moteur de la dynamique taoïste, et à lui donner des traits surnaturels que l'on retrouvera tant dans l'imagerie populaire que dans la tradition taoïste : il s'immerge dans l'eau sans se mouiller, entre dans le feu sans être brûlé, etc. Le Saint est la forme anthropomorphique du Tao qui fonde, embrasse et dépasse toute chose, tout en y demeurant. Contrairement à celui de Laozi (Lao Tzeu), il refuse de gouverner. Il est aussi très différent de celui du Yijing, non pas gouvernant celui-là, mais ordonnateur cosmique qui voit, sait, distingue, tranche, et éclaire, qui agit, place, organise, ébranle, crée et parachève. Le Saint de Zhuangzi, quant à lui, se caractérise surtout par une totale liberté : il est hors du monde; fluide et alerte, il navigue et s'ébat " au-delà des quatre pôles ", il s'envole comme l'oiseau Peng, comme le " souffle spiralé du grand vent ", qui n'est autre que le Souffle cosmique, le tourbillon qui est au Principe de la vie. Il est exempt de tout souci tant pratique que moral, politique ou social, de toute inquiétude métaphysique, de toute recherche d'efficacité, de tout conflit interne ou externe, de tout manque et de toute quête. De dimension cosmique, flanqué du soleil et de la lune, contenant l'univers en lui, il est en unité parfaite avec lui-même et avec le monde, et jouit d'une totale plénitude et intégrité. Incarnation de la nouvelle valeur que propose Zhuangzi, il est opposé à l'homme ordinaire pris entre la vie et la mort, la richesse et la pauvreté, le renom et l'obscurité. Il est opposé à l'oiseau en cage, à la tortue momifiée, aux prêcheurs englués dans leur vérité, à l'homme d'État prisonnier de son devoir et de son renom, etc. Il ne se laisse pas " engloutir " dans les êtres; il est éminemment libre de tout être, car traversé par l'infini qui -fait de tout être une éphémère fragilité, Zhuangzi y revient souvent.' Rien de ce qui peut lui être retiré ou contesté, rien de ce qui peut être thésaurisé et consommé ne le concerne; ainsi de la vie qui peut " se perdre ", ainsi du savoir qui peut s'acquérir, de la vérité qui peut être contestée, de tout ce qui peut être retiré. Libre de toute identification soit à la permanence, soit au changement, il est aussi bien permanence et unité que changement, sujet à la vie et à la mort. Identifié aussi bien à la vie qu'à la mort, il n'est pas plus vivant que mort. Laissant agir en lui le processus de création continue qui est à l'oeuvre dans la nature continûment, il l'intériorise totalement et le manifeste extérieurement à la fois, en un seul mouvement. Le Saint est celui qui agit vraiment, est naturellement créateur, s'accomplit, se réalise, est " entier " (quan, en état d'intégrité) et actualise la vertu entière qui fait l'objet du titre du chapitre v, celle-là qui fait entiers les " amputés " selon les hommes, qui rend ignare et comme endormi celui qui est lucide. Le Saint est libre et aérien parce qu'il vit sur le mode de l'être et non sur celui de l'avoir, du savoir, ou du paraître. Il s'en tient uniquement à l'" inévitable ", au " Décret " qui est en fait ce qui s'impose sans conteste possible : le cycle de la vie et de la mort, du commencement et de la fin qui font un cercle (chap. XXV) où disparaissent les extrêmes (chap. VI). L'" inévitable " (bu de yi) n'est autre que le ziran, le " spontané ". C'est l'injonction (c'est le sens premier du mot ming, qui signifie aussi " décret ", et est ainsi traduit par J.C. Pastor) naturelle qui est manifestation spontanée de l'ordre naturel. L'inévitable auquel le Saint s'ordonne n'est autre que la forme négative du ziran, le " spontané ", qui en est la forme positive, ce qui " par soi-même est ainsi ", sans cause. " Seul ", le Saint est celui qui " s'échappe " au centre, où il n'est pas d'oppositions. Il se jette hors tout discours et toute pensée et il échappe au binarisme, au contradictoire (chap. XI). Un, il est seul, parce qu'il est la Totalité sans repère, face à laquelle rien ne peut se poser, " sans pair ", sans double ", dit Zhuangzi, sans répondant; il est dans le sans écho " (chap. XI), et, dans la mythique taoïste, il ne fait pas d'ombre; il est la seule réponse à la seule question, l'unique question-réponse, en l'axe du Tao, où ni ceci ni cela ne trouve sa contrepartie (notons que le terme employé à ce propos est ou, celui que Zhuangzi emploie pour décrire l'extase de Ziqi : " privé de son compagnon "). " Seul ", hors de tout rapport, " il est en lui-même sans que les choses restent en lui " (chap. XXXIII, à propos de Guan yin, repris en Liezi 4) ; lorsqu'il est acteur, il n'est pas tenu par son acte, il ne se pose dans aucune relation ni coordination à quoi que ce soit: il ne s'" engloutit " pas; il traite les choses comme des choses et ne se laisse pas " chosifier ". Au-delà de la relation cause-causé, origine-suite, sans cause, " il brille jusqu'au ciel ". Il est ce qu'il fait, son acte ne se distingue pas de lui-même ni de ce qui paraît être une impulsion reçue, car il fait un avec le monde dit " extérieur ". Car le Saint est aussi miroir qui accueille et réfléchit la multiplicité du monde, métaphore par excellence de la connaissance à jamais spéculaire, qui ne fonctionne qu'indirectement et par une réflexion duelle et réciproque. Sa pureté-absence fait apparaître les images, image de ce qui ne peut se connaître qu'ainsi, indirectement, au moyen d'une absence d'images, images évanescentes et indirectes sur un fond de possible illimité. Ce n'est pas le solipsisme : à l'opposé de Narcisse, le Saint ne se reflète pas lui-même et ne se noie pas dans son image. Absent, le Saint est " ce par quoi " adviennent les images et le miroir qui réfléchit les autres, en leur multiplicité rendue indéfinie par sa propre absence, par sa " non-immersion ". Il est à la fois les images et le miroir qui, se renvoient chacun l'un à l'autre. Il est celui qui unifie et par là rend possibles les infinis multiples et leur donne sens. C'est lui qui peut alors affirmer et nier, d'une affirmation et d'une négation qui sont infinies quels que soient les termes sur lesquels elles portent, qui sont donc absolues l'une et l'autre concomitamment (chap. II), comme l'est l'existence de chacun, à la fois affirmation et négation. Car il est au centre où tout " fonctionne ", où disparaît la disjonction entre la réalité et le dire, au centre de la " roue du ciel ", dans le " suprême. ", l'" éminence " que connote le mot da (" grand ", dont le caractère s'apparente à celui du " ciel " noté par un graphe qui désigne originellement un géant), ou shang (" haut ") ou zhi (" suprême "), toutes désignations qui, chez Zhuangzi marquent la conjonction de l'affirmation et de la négation - la " grande vertu " (ou " vertu suprême ") qui n'est pas vertu, la " voie (= voix) suprême " qui ne se nomme pas, le " débat suprême " qui reste coi, etc. Il s'évade dans le domaine de l'infini, où début et fin se renversent, où il n'est, pas d'extrémité, dans le domaine du nulle part, du gratuit et de l'inutile, qui n'engage à rien, hors de la chaîne des causes et des effets autant que de celle des significations, dans un lieu où tout est indéfini et changeant, dans un rapport extatique au Tout qui intègre non seulement le Ciel, mais aussi le possible. Il joue de l'habileté qui est celle de l'artisan passé maître (voyez l'anecdote du cuisinier), opposée à la fausse habileté; il maîtrise les règles d'un jeu qui changent au fur et à mesure du jeu (chantez avec lui, taisez-vous avec lui ... ) où les imprévus sont intégrés. Polyvalent, il est tantôt dragon, tantôt serpent, se transforme avec le temps et n'accepte pas de n'être qu'une seule chose, tantôt en haut, tantôt en bas (chap. XX); il est " vide, ondoyant et insaisissable, ployant comme l'herbe sous le vent, épousant tout comme les vagues," (chap. VII). Seul, mais universel et total, il embrasse tous les êtres, et les rassemble, les reflète fidèlement et n'en laisse aucun, et cette Totalité s'exprime par l'intégration harmonieuse des contraires : il " tient les deux bouts " à la fois, entre lesquels s'insère le monde; il est tout uniment " compagnon des hommes " et " compagnon du Ciel ", en une " double démarche " qui est le lieu même de la réconciliation entre l'Unité et la multiplicité dont il maintient en même temps la différence. Il conjoint ce qui échappe, le non-existant, et ce qui se laisse appréhender, l'existant. Le Saint vit dans l'unité de toutes choses, unité même entre ce qui est unifié, le Ciel, et ce qui ne l'est pas, le divers, l'homme, en une conduite " parallèle " qui réunit vision ordinaire et illumination (chap. VI); il " marche sur les deux chemins " (chap. II), " changeant avec les êtres, il est uni à ce qui ne change pas " (chap. XXV). A la fois immobile comme un cadavre et changeant comme le dragon, bruyant comme le tonnerre et silencieux (chap. XIV), il connaît l'Unité, l'équivalence, le non-sens des différences, mais aussi leur principe: " qui sait que le Ciel et la Terre sont grains de mil et que le fin bout d'un poil est colline et montagne, perçoit lé principe des différences " (chap. XVII). Et Zhuangzi de s'écrier: " Les dix mille êtres et moi-même ne sommes qu'un " (chap. II), affirmant d'un seul élan, encore une fois sous cette forme contradictoire qu'il affectionne, l'extrême de la multiplicité (les dix mille êtres) et l'unité de l'individu fondus dans l'Unicité. Chantre de la maîtrise consommée, Zhuangzi laisse loin derrière lui les tâcherons attelés à leur tâche, ceux-là dont il se gausse, qui s'essoufflent en exercices respiratoires et gymnastiques, ou observances diététiques, et qui, esclaves de leurs efforts, oublient que lorsque le poisson est pris, il faut jeter la nasse. C'est là que surgit, au ive siècle, le reproche d'un Ge Hong, l'auteur du célèbre Baopuzi, le défenseur passionné de la recherche d'immortalité et de ses peines. " Zhuangzi vole trop haut ", dit-il en substance, il n'enseigne aucun moyen, aucune de ces " recettes " dont sont friands les taoïstes. Il est inutile (eh oui!). Nombreux, en effet, sont les passages où Zhuangzi professe que son " savoir " ne peut s'enseigner ni se transmettre, et l'on ne retient souvent que ceux-là; facile... C'est chez lui façon de dire, encore une fois, et, encore une fois, il se contredit ailleurs. Comme dans le chapitre VI, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres. Mais, comment se fait cette transmission? De façon progressive, " graduelle ", contre toute attente dans un ouvrage aussi abrupt et dont l'esprit a si fortement influencé le " subitisme " du Chan (Zen). Graduelle, mais imperceptible et subtile. C'est une vieille femme qui parle. Son nom, déjà, nous alerte: il signifie " voûté " (les " saints ", chez Zhuangzi, sont tortueux, ils zigzaguent), " marcher avec précaution ". Et ses maîtres furent d'étranges personnages aux noms évocateurs, dont la généalogie est pleine d'enseignement. Elle débute avec " Commencement évanescent ", une confuse genèse, puis passe par le vide, l'obscurité, puis la " Ballade joyeuse " qui caractérise si bien le Saint; nous sommes déjà là dans un domaine plus tangible. Mais l'enseignement s'extériorise de plus en plus avec la " pratique ", c'est l'exemple, l'enseignement " sans parole ", celui du cuisinier Ding (chap. III) et d'autres; puis " le Murmure accordé ", une entente quasi silencieuse, un murmure qui passe de maître à disciple, un début de parole; puis vient le regard, déjà plus de lumière, et enfin la récitation et l'écriture, la transmission par la parole, mais oui, malgré ce qu'en dit Zhuangzi lui-même. La voie est ouverte, et les maîtres " ès recettes " du taoïsme l'ont bien compris, qui n'ont cessé, et Ge Hong tout le premier, de citer Zhuangzi, ne fût-ce que pour dire, inlassablement: servez-vous de nous, mais ne l'oubliez pas, n'oubliez pas que la nasse se laisse lorsque le poisson est capturé.






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