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La philosophie de l'école platoniste

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V oici donc la doctrine dont l’exposé précis remonte aux prêtres de l’Antiquité. La Justice, nous est-il enseigné, vengeresse toujours en éveil du sang familial, a recours à la loi dont nous avons parlé tout à l’heure, et elle a, dit-on, établi la nécessité, pour qui a commis quelque forfait de ce genre, de subir à son tour le forfait même qu’il a commis : a-t-on fait périr son père ? un jour viendra où soi-même on devra se résigner à subir par violence un sort identique de la part de ses enfants ; est-ce sa mère que l’on a tuée ? il est fatal qu’on renaisse soi-même en participant à la forme féminine et que, cela fait, on quitte la vie en un temps ultérieur sous les coups de ceux que l’on a mis au monde ; c’est que, de la souillure qui a contaminé le sang commun aux uns et aux autres, il n’y a point d’autre purification…




Philosophie / Platonisme 4381 | 
Lois, X, 872 de 







L orsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.





Philosophie / Platonisme 2700 | 
La République 







O r, quand le Père qui l'avait engendré comprit qu'il se mouvait et vivait, ce Monde, image née des Dieux éternels, il se réjouit et, dans sa joie, il réfléchit aux moyens de le rendre plus semblable encore à son modèle. Comme effectivement ce modèle se trouve être un vivant éternel, le dieu entreprit aussi de faire que notre univers aussi devienne finalement tel, dans la mesure du possible. Or, ce vivant, comme il était éternel, il n'était pas possible de l'adapter en tout point au vivant qui était engendré. C'est pourquoi son auteur (le Démiurge) s'est préoccupé de fabriquer une certaine imitation mobile de l'éternité et, tout en organisant le Ciel, il a fait, de l'éternité immobile et une, cette image éternelle qui progresse suivant la loi des Nombres, cette chose que nous appelons le Temps. En effet, les jours et les nuits, les mois et les saisons n'existaient point avant la naissance du Ciel, mais leur naissance a été ménagée, en même temps que le Ciel a été construit. Car tout cela, ce sont des divisions du temps : le passé et le futur sont des espèces engendrées (des modalités) du Temps, et lorsque nous les appliquons hors de propos à la substance éternelle, c'est que nous en ignorons la nature. Car nous disons de cette substance qu'elle était, qu'elle est et qu'elle sera. Or, en vérité, l'expression " est " ne s'applique qu'à la substance éternelle. Au contraire, " était, sera " sont des termes qu'il convient de réserver à ce qui naît et progresse dans le Temps. Car ce ne sont que des changements. Mais ce qui est toujours immuable et inchangé cela ne devient ni plus vieux, ni plus jeune, avec le temps, et jamais cela ne fut, ni ne devient actuellement, ni ne sera dans le futur. Bien au contraire, une telle réalité ne comporte aucun des accidents que le devenir implique pour les termes qui se meuvent dans l'ordre sensible, mais ces accidents sont des variétés du Temps, lequel imite l'éternité et se déroule en cercle suivant le Nombre.




Philosophie / Platonisme 2048 | 
Platon, Timée, 38 a. 







S OCRATE : - Le dieu Teuth, inventeur de l'écriture, dit au roi d'Egypte :
" Voici l'invention qui procurera aux Egyptiens plus de savoir et de mémoire : pour la mémoire et le savoir j'ai trouvé le médicament qu'il faut " - Et le roi répliqua : " Dieu très industrieux, autre est l'homme qui se montre capable d'inventer un art, autre celui qui peut discerner la part de dommage et celle d'avantage qu'il procure à ses utilisateurs. Père des caractères de l'écriture, tu es en train, par complaisance, de leur attribuer un pouvoir contraire à celui qu'ils ont. Conduisant ceux qui les connaîtront à négliger d'exercer leur mémoire, c'est l'oubli qu'ils introduiront dans leurs âmes : faisant confiance à l'écrit, c'est du dehors en recourant à des signes étrangers, et non du dedans, par leurs ressources propres, qu'ils se ressouviendront ; ce n'est donc pas pour la mémoire mais pour le ressouvenir que tu as trouvé un remède. Et c'est l'apparence et non la réalité du savoir que tu procures à tes disciples, car comme tu leur permets de devenir érudits sans être instruits, ils paraîtront pleins de savoir, alors qu'en réalité ils seront le plus souvent ignorants et d'un commerce insupportable, car ils seront devenus de faux savants. "
[…] Ainsi celui qui croit avoir consigné son savoir par écrit tout autant que celui qui le recueille en croyant que de l'écrit naîtront évidence et certitude, sont l'un et l'autre tout pleins de naïveté dans la mesure où ils croient trouver dans les textes écrits autre chose qu'un moyen permettant à celui qui sait de se ressouvenir des choses dont traitent les écrits.
PHÈDRE : - C'est très juste.
SOCRATE : - Car ce qu'il y a de redoutable dans l'écriture, c'est qu'elle ressemble vraiment à la peinture : les créations de celle-ci font figure d'êtres vivants, mais qu'on leur pose quelque question, pleines de dignité, elles gardent le silence. Ainsi des textes : on croirait qu'ils s'expriment comme des êtres pensants, mais questionne-t-on, dans l'intention de comprendre, l'un de leurs dires, ils n'indiquent qu'une chose, toujours la même. Une fois écrit, tout discours circule partout, allant indifféremment de gens compétents à d'autres dont il n'est nullement l'affaire, sans savoir à qui il doit s'adresser. Est-il négligé ou maltraité injustement ? Il ne peut se passer du secours de son père, car il est incapable de se défendre ni de se secourir lui-même.





Philosophie / Platonisme 2047 | 
Platon, Phèdre, 274e-275e. 







L 'amour rétablit notre unité primitive.




Philosophie / Platonisme 2045 | 
Le Banquet 







L e corps est un tombeau pour l'ame pour celui qui ne sait s'ouvrir.




Philosophie / Platonisme 1284 | 
Le grand livre de la sagesse, ediction le cherche midi editeur, p.115 







S OCRATE : «[...] La vertu ne saurait ni venir par nature ni s'enseigner, mais elle serait présente comme une faveur divine, dépourvue d'intelligence, chez les hommes où elle se trouve.»




Philosophie / Platonisme 947 | 
Ménon [99e, trad. M. Canto-Sperber, coll. GF, Flammarion, 1993] 







C e que précisément on nomme mort, c'est une déliaison et une séparation de l'âme d'avec le corps.




Philosophie / Platonisme 946 | 
Phédon [67d, trad. M. Dixsaut, coll. GF, Flammarion, 1991] 







S OCRATE : «[...] Qu'est-ce, en effet, que craindre la mort, citoyens, sinon se prétendre en possession d'un savoir que l'on n'a point ? En définitive, cela revient à prétendre savoir ce que l'on ne sait point. Car personne ne sait ce qu'est la mort, ni même si elle ne se trouve pas être pour l'homme le plus grand des biens, et pourtant les gens la craignent comme s'ils savaient parfaitement qu'il s'agit du plus grand des malheurs.»




Philosophie / Platonisme 945 | 
Apologie de Socrate [38a, trad. L. Brisson, coll. GF, Flammarion, 1997] 







S ocrate. - Je ne suis pas encore capable, comme le demande l'inscription de Delphes, de me connaître moi-même; dès lors, je trouve qu'il serait ridicule de me lancer, moi à qui fait encore défaut cette connaissance, dans l'examen de ce qui m'est étranger.




Philosophie / Platonisme 944 | 
Phèdre [229e, trad. L. Brisson, coll. GF, Flammarion, 1989] 







Q uiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne dispose pas et ce qui n'est pas présent; et ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas lui-même, ce dont il manque, tel est le genre de choses vers quoi vont son désir et son amour.




Philosophie / Platonisme 943 | 
Le Banquet [200e, trad. L. Brisson, coll. GF, Flammarion, 2000] 







T ant que nous aurons le corps, et qu'un mal de cette sorte restera mêlé à la pâte de notre âme, il est impossible que nous possédions jamais en suffisance ce à quoi nous aspirons; et, nous l'affirmons, ce à quoi nous aspirons, c'est le vrai.




Philosophie / Platonisme 942 | 
Phédon [65b, trad. M. Dixsaut, coll. GF, Flammarion, 1991 







S OCRATE : «[...] J'ajoute que, pour un homme, le bien le plus grand c'est de s'entretenir tous les jours de la vertu et de tout ce dont vous m'entendez discuter, lorsque je soumets les autres et moi-même à cet examen, et que je vais jusqu'à dire qu'une vie à laquelle cet examen ferait défaut ne mériterait pas d'être vécue.»




Philosophie / Platonisme 941 | 
Apologie de Socrate [ 38a, trad. L. Brisson, coll. GF, Flammarion, 1997] 







S OCRATE : «[...] Ma seule affaire est d'aller et de venir pour vous persuader, jeunes et vieux, de n'avoir point pour votre corps et pour votre fortune de souci supérieur ou égal à celui que vous devez avoir concernant la façon de rendre votre âme la meilleure possible, et de vous dire : "Ce n'est pas des richesses que vient la vertu, mais c'est de la vertu que viennent les richesses et tous les autres biens, pour les particuliers comme pour l'État."»




Philosophie / Platonisme 940 | 
Apologie de Socrate [ 30a-b, trad. L. Brisson, coll. GF, Flammarion, 1997] 







C 'est une chose [...] que connaissent bien ceux qui aspirent à apprendre : au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle était, cette âme, tout bonnement enchaînée à l'intérieur d'un corps, agrippée à lui, contrainte aussi d'examiner tous les êtres à travers lui comme à travers les barreaux d'une prison au lieu de le faire elle-même et par elle seule, - vautrée enfin dans l'ignorance la plus totale.
1]





Philosophie / Platonisme 939 | 
Phédon [67e, trad. M. Dixsaut, coll. GF, Flammarion, 199 







P uisque ni le corps ni l'ensemble n'est l'homme, je crois qu'il reste que l'homme n'est rien ou bien, s'il est quelque chose, il faut reconnaître que ce ne peut être rien d'autre que l'âme.




Philosophie / Platonisme 937 | 
Alcibiade [130c, trad. C. Marboeuf et J.-F. Pradeau, coll. GF, Flammarion, 2000] 







L e corps est le tombeau de l'âme.




Philosophie / Platonisme 934 | 
Extrait de Cratyle 







L 'homme est la mesure de toute chose.




Philosophie / Platonisme 933 | 
Extrait de Théétète 







L e plus grand mal, à part l'injustice, serait que l'auteur de l'injustice ne paie pas la peine de sa faute.




Philosophie / Platonisme 932 | 
Extrait de Gorgias 







L 'opinion est quelque chose d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance.




Philosophie / Platonisme 931 | 
Extrait de La république 







C ela montre quel effort s'impose : d'ici-bas vers là-haut s'évader au plus vite. L'évasion, c'est de s'assimiler à Dieu dans la mesure du possible : or on s'assimile en devenant juste et saint dans la clarté de l'esprit.




Philosophie / Platonisme 773 | 
Théétète, 176b (traduction Auguste Diès 1926). 







Q ue ce soit, en conséquence, à une vie d'ordre et à l'amour de la sagesse que conduit le triomphe de ce qu'il y a de meilleur dans l'esprit : bienheureuse et pleine d'harmonie est l'existence qu'ils passent ici-bas, puisqu'ils ont la maîtrise d'eux-mêmes et le souci de la mesure ; puisqu'ils ont réduit à l'esclavage ce qui faisait naître le vice et l'âme et donné, au contraire, la liberté à ce qui y produisait la vertu.




Philosophie / Platonisme 672 | 
Phèdre 256b, traduction L. Robin 







T out ce qui naît, naît nécessairement par l'action d'une cause,
car il est impossible que quoi que ce soit puisse naître sans cause.





Philosophie / Platonisme 558 | 
Timée - 28a (traduction Rivaud 1985). 







I l n'y a rien qui soit ni un bien, ni un mal ;
tandis qu'il existe deux choses, dont l'une est un bien, le savoir,
et l'autre un mal, la sotte ignorance.





Philosophie / Platonisme 521 | 
Euthydème - 281e (traduction Léon Robin). 







S ocrate dit : " La mort, à ce qu'il me semble, n'est que la séparation de deux choses distinctes, l'âme et le corps ; et après qu'elles sont séparées, chacune d'elles reste assez sensiblement dans l'état où elle était pendant la vie. Le corps... garde sa nature propre... Je crois... qu'il en est de même de l'âme, et qu'on y aperçoit, lorsqu'elle est dépouillée de son corps, tous ses traits naturels et toutes les modifications qu'elle a subies par suite de manière de vivre auxquelles l'homme l'a pliée en chaque circonstance "




Philosophie / Platonisme 364 | 
Gorgias 524 b-d 
Remarque : Tout ceci, nous l'avons déjà dit, montre que le mal ne consiste pas dans le corps lui-même, mais dans l'optique corporelle ; il s'agit donc de discréditer les jugements formés lorsqu'on sympathise avec le corps. La catharsis Platonicienne étant avant tout un entraînement spirituel, l'impératif cathartique étant adéquat à la vraie nature de l'âme, le dualisme Platonicien est fonctionnel plutôt qu'ontologique.







C 'est qu'il nous faudra nécessairement pour nous défendre, mettre en question la thèse de notre père Parménide et, de force, établir que le non-être est sous un certain rapport, et que l'être, à son tour, en quelque façon n'est pas.




Philosophie / Platonisme 350 | 
Sophiste, 241d (traduction Auguste Diès 1985) 







D ans une lumière pure, nous étions purs nous ne portions pas la marque de ce tombeau que sous le nom de "corps" nous promenons à présent avec nous, attachés à lui comme l'huître à sa coquille.




Philosophie / Platonisme 335 | 
Phèdre 250c, traduit par L. Brisson, o.c. 124. Cf. Pierre Courcelle, Tombeau de l'âme (Gorgias 493a, Cratyle 400c, Phèdre 250c) dans Connais toi toi-même, II, Paris, Études Augustiniennes 1975, 394-414. 







P eut-être en réalité sommes-nous morts.
C'est ainsi qu'un jour, j'ai entendu dire à un savant homme que notre vie présente est une mort, que notre corps est un tombeau.





Philosophie / Platonisme 333 | 
Gorgias - 493a (traduction A. Croiset). 







C ette âme nous élève au-dessus de la terre, en raison de son affinité avec le ciel, car nous sommes une plante non point terrestre, mais céleste. Et en effet c'est du côté du haut, du côté où eut lieu la naissance primitive de l'âme, que le Dieu a suspendu notre tête, qui est comme notre racine et, de la sorte, il a donné au corps tout entier la station droite.




Philosophie / Platonisme 324 | 
Timée - 90a (traduction Rivaud 1985). 
Remarque : Le Phédon représente l'âme comme simple. " En raison de sa ressemblance avec les essences absolues, qui prouve qu'elle leur est apparentée (l'âme) possède l'unicité formelle (monoidès) qui justement caractérise ces réalités ; par là elle est le contraire du corps, qui est une pluralité absolue étant essentiellement un composé. Ce qui en effet définit, l'âme c'est seulement la pensée (phronèsis) en tant qu'elle est épurée de tout mélange de sensation et qu'ainsi elle entre en contact avec l'intelligible " (L. Robin, Platon, Phèdre, Les Belles-Lettres 1966, CXVIII-IX. Cf. Banquet 211) L'âme, ainsi que nous le dit le texte fondamental du Phèdre qui contient les axiomes platoniciens sur l'âme, est principe automoteur et donc immortelle (245c). L'âme individuelle, quand elle est parfaite et ailée " chemine dans les hauteurs " (246c) ; ayant perdu ses ailes, elle prend un corps de terre qui se meut de sa propre initiative. Ce qu'on appelle vivant " c'est cet ensemble, une âme et un corps fixé (paguen) à elle, ensemble qui a reçu le nom de mortel " (246c, cf. Timée 42e-43a).[…] Dans ce soliloque, le pilote de l'âme, l'intelligence, selon le Phèdre (247c), étant connaturelle à l'idée et ayant la forme du Bien, est censée déployer son activité. Or, pour que l'œil de l'âme puisse la réorienter vers la vérité, il faut que celle-ci soit purifiée, qu'elle redevienne, dans la mesure du possible, à l'état décrit par ex. dans le Phèdre 250c, où, " dans une lumière pure, nous étions purs nous ne portions pas la marque de ce tombeau que sous le nom de "corps" nous promenons à présent avec nous, attachés à lui comme l'huître à sa coquille. " (Tr. L. Brisson, o.c. 124. Cf. Pierre Courcelle, Tombeau de l'âme (Gorgias 493a, Cratyle 400c, Phèdre 250c) dans Connais toi toi-même, II, Paris, Études Augustiniennes 1975, 394-414).







M ais l'âme ne raisonne jamais mieux que quand rien ne la trouble, ni l'ouïe, ni la vue, ni la douleur, ni quelque plaisir, mais qu'au contraire elle s'isole le plus complètement en elle-même, en envoyant promener le corps et qu'elle rompt, autant qu'elle peut, tout commerce et tout contact avec lui pour essayer de saisir le réel.




Philosophie / Platonisme 198 | 
Phédon, 65c (traduction Emile Chambry 1965).  







L e sensible est pour l'âme incarnée un appui, dont pourtant elle doit être en mesure de se dégager pour se souvenir de la réalité intelligible à laquelle participe la réalité sensible perçue. La connaissance sensible doit ... se prolonger en une connaissance intelligible, qui ne peut être qu'une réminiscence réactualisant une vision antérieure de l'être-en-soi.




Philosophie / Platonisme 197 | 
Phèdre 249b-d, traduit par Brisson, Phèdre P.47, cité par Anna Kélessidou, L'âme chez Platon et Plotin, P.15, dans Autour de Descartes : L'union de l'âme et du corps, Sous la direction de J.-L. Vieillard-Baron. Vrin, 1991, " Bibliothèque d'Histoire de la Philosophie ". 
Remarque : "La purification Platonicienne, on le sait, consiste en une série d'abstractions, dans un renoncement progressif au sensible. Cette désorientation, […] est commandée par le principe de l'antériorité de l'intelligible, de la réalité pure sans mélange selon le Phédon (67a) et immortelle à laquelle l'âme s'apparente (76é, 78b-79c). C'est dans une perspective intellectuelle et morale, dans une transposition spiritualiste que consiste selon le Phédon la notion de purification (1). La catharsis est la rencontre des deux puretés (65e sqq., 81a), de l'âme libérée de la démence, de "" mille sornettes humaines "" (66b) et de l'objet qui est absolument pur. D'autre part on sait que cette purification ne se réalise pas comme un acte de violence à l'égard du corps, comme un ostracisme du corps en tant que tel ; ce qui montre que le dualisme Platonicien n'est pas la théorie des deux substances opposées, de l'âme et du corps, du bien et du mal et du rejet dit corps. […] La mortification corporelle, si on peut ainsi parler, consiste dans l'affranchissement (Phédon 66a) de la vérité illusoire (83d), des antinomies phénoménales, des affections ou croyances corporelles qui entravent la connaissance véritable. […] La purification Platonicienne est donc l'acheminement à l'alétheia au sens étymologique du terme, la récupération des normes de la vérité. La mort philosophique étant chasse à l'oubli, le philosophe Platonicien cherche à se préserver des perturbations corporelles afin de vivre le ""bios"" de la théoria, de la concentration mentale. C'est par l'idée de la retraite philosophique, d'une mort active et libératrice (Phédon 83a, 84c-d), conforme à l'impératif socratique du recueillement, que Platon transpose la transe du shaman, la séparation du soi occulte et du corps. Pour le shamanisme (2), le "" puritanisme réside essentiellement dans la séparation de l'âme et du corps et dans l'attribution à l'homme d'un soi occulte d'origine divine "" (E.R. Dodds, o,c. 140-141.) Encore "" faut-il remarquer que ces croyances ne sauraient être mises au propre d'une ""philosophie"" de l'homme, mais qu'elles reposent bien plutôt sur des pratiques comme celles de la ""retraite"" et du ""jeûne"", du ""dédoublement"" de la personnalité et de la ""dissociation mentale"". Ces exercices, à quoi se reconnaissent les traits shamanistiques, débouchent sur toute une idéologie dualistique... Pythagore, Empédocle et ... Socrate sont les étranges produits de cette acclimatation du shamanisme en Grèce "" (cf. H. Jo1y, o.c. 68.) […] On ne doit pas oublier que chez Platon le voyage théorique est converti en ascèse dont l'impératif est la recherche de ce qui est à la fois supérieur et divin ; que la contemplation chez Platon recouvre un champ sémantique à la fois moral, intellectuel et religieux. Dans le Théétète Platon considère la fuite d'ici-bas vers là-haut comme équivalente à la poursuite de la ressemblance avec le divin (176b) et fait consister le volontarisme moral dans la justice et la sainteté accompagné de sagesse. Dans la République, où l'âme est conçue comme tripartite, la purification (3) est la réalisation de la juste proportion (443d), l'harmonieuse organisation de trois parties, dont chacune exerce sa fonction. Le primat de la sagesse exige la transmutation de la vie nue en vie de l'intellect. D'où toute l'importance que Platon accorde à l'éducation de l'âme (4). L'éducation consiste à aider quelqu'un à se détacher des attaches dans la caverne (515c) et à suivre la voie de la sagesse (621c). Enfin, dans les Lois Platon reprend le thème de la dévalorisation des occupations humaines par rapport à l'importance qu'on doit accorder au divin et revient à l'antique principe de similitude pour le faire assortir au divin (715c-d). L'âme est "" le démon intérieur qui nous sollicite naturellement vers le ciel "" (A. Diès, Platon, Les Lois XXXVI.) La vertu de l'esprit est par conséquent une vertu divine. Mais, ce qui est encore plus significatif est que l'idée Platonicienne de la purification par la spiritualité ne refuse pas le bonheur terrestre. Le triomphe des meilleurs éléments de l'âme assure à l'homme ici-bas une vie ordonnée et la félicité, comme à la fin de la vie, il rend à l'âme ses ailes. "" Supposons pour l'instant "", nous dit le Phèdre (256b), ""-que ce soit, en conséquence, à une vie d'ordre et à l'amour de la sagesse que conduit le triomphe de ce qu'il y a de meilleur dans l'esprit : bienheureuse et pleine d'harmonie est l'existence qu'ils passent ici-bas, puisqu'ils ont la maîtrise d'eux-mêmes et le souci de la mesure ; puisqu'ils ont réduit à l'esclavage ce qui faisait naître le vice et l'âme et donné, au contraire, la liberté à ce qui y produisait la vertu "" (Tr. L. Robin, Platon, Phèdre 256b (54)) D'autre part, Platon, ayant conscience qu'il s'adresse à des hommes et non à des dieux - selon la leçon des Lois 732e - sait éviter la division de l'homme contre lui-même ; et il va jusqu'à accepter les plaisirs, à condition qu'ils soient soumis à la juste mesure (636c), et les biens corporels - la santé, la beauté, la richesse, la vigueur -, à condition qu'ils soient orientés "" vers les biens divins et tous les biens divins vers l'intelligence, qui est souveraine "" (631d). (1) Cf. A.J, Festugière, Contemplation et vie contemplative chez Platon, Paris, Vrin (1936), 1950, 123 sqq., R. Bordet, Religion et mysticisme, Paris, P.U.F, 1959, 13 (2) Sur le rapport de Socrate avec le shamanisme v. L. Gernet, Anthropologie de la Grèce antique, Paris, Maspero, 1969, 415-430, E. R. Dodds, Les Grecs et l'irrationnel, tr. Gibson, Paris, Aubier 1965, 135-174, J.P. Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965, 65-68, H. Joly, Le Renversement plafonicien. Logos, Epistémé, Polis, Vrin 1981, 67. (3) Cf. L. Robin, Phèdre CXIX : "" Le point de vue (du Phédon) ne semble pas abandonné dans la République, en dépit du soin évident avec lequel la tripartition a été établie au livre IV. Celle-ci en effet est présentée dans le livre X (61 1b-612a) comme une conséquence de l'union avec le corps. En cela d'ailleurs l'accord est complet avec le Phédon, où les désirs et les émotions connexes de crainte, de plaisir, de peine sont la cause de l'asservissement de l'âme au corps... sa nature est gâtée du fait de son association avec un corps : ce qui amène la comparaison bien connue avec Glaucus, le dieu marin "". (4) Cf. L. Robin, o.c. CXXXIV : "" Le ton change avec le Phèdre, car il demande à l'âme de recouvrer l'usage de ses ailes ; il s'agirait donc pour elle, non point de mourir à tout corps, mais de se préparer à reprendre une autre sorte de corps... celle qui originairement lui est propre. C'est ce que déjà le Banquet (212a) et plus tard le Timée (90bc) appellent s'immortaliser aussi pleinement que cela est possible à la nature humaine. Or cela se fait moins par l'ascétisme que par le savoir et par l'amour, solidaires l'un de l'autre ""."







T ant que nous serons en vie, le meilleur moyen, semble-t-il, d'approcher de la connaissance, c'est de n'avoir, autant que possible, aucun commerce ni communion avec le corps, sauf en cas d'absolue nécessité, de ne point nous laisser contaminer de sa nature, et de rester purs de ses souillures, jusqu'à ce que Dieu mous en délivre.




Philosophie / Platonisme 196 | 
Phédon, 67a (traduction Emile Chambry 1965) 





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