PART I [LE MONDE D'APRES LA MORT ]
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(Version Marguerite La Fuente)


1  
[...] Caractéristiques de l'existence dans l'état intermédiaire [...]

2  
[...] "Ô fils noble, le possesseur de cette sorte de corps verra les places (qui lui étaient familières sur la terre) ainsi que ses parents comme on les voit en rêve. [...]

3  
[...] Tu vois tes parents, tes amis, tu leur parles et ne reçois pas de réponse d'eux. Alors les voyant pleurer ainsi que ta famille tu penses : "Je suis mort, que ferai-je ?" Et tu sens une grande douleur comme un poisson jeté hors de l'eau sur des charbons ardents. A ce moment tu ressentiras toute cette souffrance. Mais souffrir ne te servira de rien. Si tu as un guru divin (272) prie-le. Prie la Déité Tutélaire, le Compatissant. Mais si tu sens de l'attachement pour tes proches et tes amis, cela ne te fera pas de bien. Donc, ne sois pas attaché. Prie le Seigneur de Compassion, tu n'auras alors nul chagrin, nulle terreur, nulle horreur. [...]

4  
[...] Ô fils noble, quand tu es poussé (ici et là) par le vent en perpétuel mouvement du karma, ton intellect n'ayant nul objet sur quoi se reposer sera comme une plume poussée par le vent sur le coursier du souffle (273). Sans cesse, involontairement tu erreras. A tous ceux qui pleureront (tu diras) : "Je suis ici, ne pleurez pas". Mais comme ils ne t'entendront pas tu penseras : "Je suis mort" et à ce moment encore tu te sentiras malheureux. Ne sois pas malheureux pour cela. [...]

5  
[...] Il y aura une lumière grise de crépuscule, la nuit, le jour, à tous moments (274). Dans cette sorte d'État intermédiaire, tu demeureras : une, deux, trois, quatre, cinq, six, ou sept semaines jusqu'au quaranteneuvième jour (275). Il est dit généralement que les misères du Sidpa Bardo sont subies environ vingt-deux jours, mais à cause de l'influence déterminante du karma, une période fixe ne peut être assurée. [...]

6  
[...] Ô fils noble, vers ce moment, le terrible vent du karma, terrifiant, pénible à endurer, te poussera par derrière par rafales. Ne le crains pas. Ceci est ta propre illusion. Une épaisse et terrifiante obscurité sera continuellement devant toi, de laquelle sortiront des cris effrayants comme "frappe, tue" et autres menaces. Ne les crains pas (276). [...]

7  
[...] Dans d'autres cas, des personnes de très mauvais karma, produisent karmiquement des rākshasas (démons) mangeurs de chair, portant des armes variées, criant "frappe, tue" et faisant un effrayant tumulte. Ils viendront vers toi semblant se concerter pour savoir lequel te saisira. Des apparitions illusoires d'êtres poursuivis par diverses terribles bêtes de proie se lèveront. La neige, la pluie, la nuit, les rafales (de vent), les hallucinations d'êtres poursuivis par des foules viendront aussi. Des sons, comme des montagnes s'écroulant, comme la mer démontée, comme le ronflement de l'incendie, comme les cyclones, jailliront (277). [...]

8  
[...] Quand ces sons viendront, étant terrifié par eux, on fuira devant eux en tous sens, sans prendre garde où l'on va. Mais le chemin sera barré par trois horribles précipices – blanc, noir et rouge. Ils seront effrayants et profonds et l'on se sentira près d'y tomber. Ô fils noble, ce ne sont pas de vrais précipices, ce sont : la colère, la convoitise et la stupidité (278). [...]

9  
[...] Sache à ce moment que c'est le Sidpa Bardo (dans lequel tu es). Invoquant le nom du Compatissant, prie attentivement ainsi : [...]

10  
[...] "Ô Seigneur Compatissant, et mon Guru et la Précieuse Trinité. Ne soutirez pas que moi (un tel) je tombe dans les mondes malheureux." [...]

11  
[...] Agis de façon à ne pas oublier cela. [...]

12  
[...] D'autres qui ont accumulé du mérite et se sont consacrés sincèrement à la religion, expérimenteront des plaisirs délicieux et un bonheur, un bien-être sans mesure. Mais cette classe neutre d'êtres, qui n'ont ni acquis de mérite ni créé de mauvais karma, ne connaîtra ni plaisir, ni peine, mais une sorte d'incolore stupidité indifférente. Ô fils noble, quoi qu'il puisse advenir – quelque délicieux plaisirs que tu connaisses – ne sois pas attiré par eux, ne les aime pas, pense : "Puissent le Guru, et la Trinité être honorés (par ces délices donnés par le mérite)". Abandonne tout attachement, tout désir. [...]

13  
[...] Même si tu n'éprouves ni plaisir ni peine mais seulement l'indifférence, garde ton intellect dans l'état sans distractions (de la méditation) du Grand Symbole, sans penser que tu es en méditation (279). Ceci est d'une importance énorme. [...]

14  
[...] Ô fils noble, à ce moment, aux têtes de ponts, dans les temples, près des stūpas des huit sortes (280) tu te reposeras un peu. Mais tu ne pourras y demeurer bien longtemps car ton intellect a été séparé de ton corps (terrestre) (281). A cause de cette impossibilité de flâner, tu te sentiras troublé, mal à l'aise et frappé de panique. Par moments "le Connaisseur" sera terne, par moments il sera fuyant et incohérent. Alors cette pensée te viendra : "Hélas ! je suis mort, que ferai-je ?" et par cette pensée "le Connaisseur" sera attristé ; ton cœur sera glacé, tu ressentiras une misère et un chagrin infinis (282). Puisque tu ne peux demeurer au repos dans une place et que tu es forcé d'aller de l'avant ne pense pas des choses variées, laisse ton intellect demeurer dans un état non modifié. [...]

15  
[...] Comme nourriture, celle qui t'a été consacrée peut être touchée par toi et aucune autre (283). Comme amis, il n'est à ce moment rien d'assuré (284). [...]

16  
[...] Tels sont les errements du corps-mental dans le Sidpa Bardo. A ce moment, la joie et la peine dépendront du karma. Tu verras ta maison, tes serviteurs, ta famille et ton corps et tu penseras "Maintenant je suis mort, que ferai-je ?" et oppressé par grand chagrin, tu auras cette pensée : "Ô que ne donnerais-je pas pour avoir un corps". Et pensant cela, tu erreras ici et là cherchant un corps. [...]

17  
[...] Même s'il t'était possible neuf fois de suite d'entrer dans ton cadavre – à cause du long intervalle passé dans le Chönyid Bardo – celui-ci sera gelé si on est en hiver, ou décomposé si c'est l'été, ou encore ta famille l'aura porté à la crémation, ou l'aura enterré, ou jeté à l'eau, ou donné aux oiseaux et bêtes de proie (285). D'où, ne trouvant nulle place où entrer, tu seras contrarié et auras la sensation d'être pressé dans des crevasses et des précipices parmi les rocs et les roches (286). [...]

18  
[...] L'expérimentation de cette souffrance a lieu dans l'État intermédiaire lorsqu'on cherche à renaître. Alors, même en cherchant un corps, tu ne gagneras que des ennuis. (Rejette) ce désir d'avoir un corps, laisse ton esprit demeurer dans l'état de résignation et agis de façon à y demeurer." [...]

19  
[...] Étant ainsi confronté, on obtient la libération du Bardo. [...]

20  
[...] Notes [...]

(272) Ceci veut indiquer un guru surhumain de l'ordre Divyaugha (voir Addenda, IV).
(273) Ainsi que le vent sans repos, karma est toujours en mouvement et l'intellect privé du support du corps humain est son jouet.
(274) Les Yogīs expliquent ceci en disant que le corps bardique est un corps esprit né du désir privé du système nerveux du corps du plan terrestre et que, dès lors, la lumière du soleil, de la lune et des étoiles est invisible au défunt. Seule la lumière naturelle de la nature (appelée par les alchimistes médiévaux et les mystiques "lumière astrale") peut être vue dans le plan d'après la mort. Il est dit que cette "lumière astrale" est universellement diffuse dans l'éther, comme la lueur du crépuscule terrestre, elle est suffisamment brillante pour la perception des êtres éthériques dans le Bardo. Voir note (85).
(275) Voir Introduction, section III.
(276) L'habitant du Bardo, à cause de l'effet karmique de son égoïsme pendant sa vie humaine, est obsédé par l'idée que tous les autres êtres du Bardo sont ses ennemis ; aussi a t-il ces terribles hallucinations comme un cauchemar.
(277) Dans les Six Doctrines, traité d'application pratique de diverses yogas que nous avons traduit du texte tibétain original, il y a un passage parallèle qui se développe ainsi : "Si l'on n'a pas trouvé le chemin pendant le second Bardo (Chönyid Bardo), alors (on entend) quatre sons appelés "les sons qui inspirent la terreur" : venant de la force vitale de l'élément-terre, un son comme l'écroulement d'une montagne ; venant de la force vitale de l'élément-eau, un son comme la brisure des vagues de l'océan (pendant la tempête) ; venant de la force vitale de l'élément-feu, un son comme l'incendie de la jungle, et venant de la force vitale de l'élément-air, un son comme des milliers de tonnerre se répercutant simultanément. Ici sont décrits les résultats psychiques du processus de désintégration appelé mort quand il affecte les quatre éléments grossiers composant l'agrégat du corps. L'élément- éther n'est pas nommé, car dans celui-là seul (corps éthérique du Bardo) le principe-conscient continue à exister.
(278) Ces précipices sont des illusions karmiques, symboles des trois passions mauvaises ; y tomber symbolise l'entrée dans une matrice précédant la renaissance.
(279) Texte : Bsgom-med-yengs-med (pron. : Yom-me-yeng-med) : non-méditation, distraction, désignant un état de concentration mentale dans laquelle on ne peut laisser s'introduire aucune pensée, même celle de la méditation. C'est l'état de Samādhi. Si l'on pense que ton médite, cette pensée seule empêche la méditation d'où l'avis donné au mort.
(280) Ceci se réfère aux huit buts pour lesquels un stûpa (ou pagode) est bâti. Nous citerons deux exemples : Rnam-rgyal-mchod-rten (pron. : Ram-gyal-chöd ten) Mchod-rten ou Chorten=stūpa peut être traduit ici : objet du culte, et Rnam-rgyal : victoire, ce qui indique que cette pagode a été construite pour commémorer une victoire. Un monument Myang-hdas-mchöd-rten (pron. : Nyangday-chödten) indique un stūpa construit comme un monument commémoratif de la place où un saint ou un sage est mort, ou indique l'endroit où se trouve l'urne contenant ses cendres. D'autres pagodes sont simplement des constructions symboliques (comme les calvaires chrétiens), objets de culte et de vénération. A Ceylan de nombreux stūpas sont élevés simplement comme châsses de livres ou reliques sacrées. Les grands stūpas du Nord-Ouest indien, près de Peshawar, et à Taxila, ouverts récemment contenaient des reliques d'os et d'autres objets. Deux d'entre eux contenaient des morceaux authentiques des os du Bouddha.
(281) Comme un voyageur seul la nuit sur une route a son attention attirée par des points de repère particuliers – grands arbres isolés, maisons, têtes de ponts, temple stūpas, etc. – ainsi les morts, à leur manière, ont des expériences similaires pendant leurs allées et venues. Ils sont attirés par les tendances karmiques aux lieux familiers du monde humain, mais, possesseurs d'un corps mental ou corps de désir, ne peuvent demeurer longtemps dans aucune place. Ainsi que le dit le texte ils sont poussés ici et là par le vent des désirs karmiques comme une plume l'est par la tempête.
(282) On doit rappeler ici que tous les phénomènes terrifiants et le malheur sont entièrement karmiques. Si le mort s'était développé spirituellement, son existence du Bardo aurait été paisible et heureuse depuis le début et il ne serait pas venu errer aussi bas que ceci. Le Bardo Thödol concerne surtout les individus ordinaires et non les êtres humains hautement développés que la mort libère dans la Réalité.
(283) Comme les fées et les esprits des morts de la croyance celtique ou les daîmons des anciens Grecs, les habitants du Bardo sont dits vivre d'essences éthériques invisibles qu'ils extraient soit de la nourriture qui leur est offerte sur le plan humain soit des réserves naturelles générales de la nature. Dans les Six Doctrines déjà citées, on dit des habitants du Bardo : "Ils vivent des odeurs (ou essences spirituelles des choses matérielles)".
(284) Les amis peuvent exister ou non dans l'État intermédiaire comme sur terre, mais existeraient-ils qu'ils sont sans pouvoir pour contrebalancer tout mauvais karma du défunt. Il doit suivre son propre chemin marqué par son karma.
(285) Toutes les formes de sépultures connues sont pratiquées au Tibet y compris la momification. (Voir section VI, Introduction.)
(286) Ceci symbolise l'entrée dans des germes indésirables comme ceux des êtres humains de nature animale.



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