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Les Formes et la dialectique
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Les Formes et la dialectique
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Platonisme : Les Formes et la dialectique

L'existence d'un lieu, séparé du monde sensible, où se trouvent les réalités intelligibles est l'une des thèses les mieux connues de la pensée platonicienne . Mais la nécessité de définir un tel lieu intelligible résulte pour Platon de la recherche des conditions d'une connaissance véritable. La présence d'une connaissance innée mais latente était bien établie dès la formulation de la théorie de la réminiscence. Mais il restait à définir la nature des objets sur lesquels une telle connaissance pouvait porter. Pour répondre à cette question, Platon reprend en partie l'acquis des recherches socratiques consacrées à définir l'essence commune à une multiplicité d'objets. Seulement l'eidos («idée») ne sera plus conçu comme immanent aux objets sensibles. Il est désormais présenté comme une réalité intégralement intelligible, détachée des êtres sensibles et matériels. Certes, les belles choses sont belles dans la mesure où elles participent à la Forme de la Beauté, mais Platon insiste sur le fait que c'est de cette Forme que ces choses tirent le peu de réalité qu'elles ont; et c'est uniquement parce qu'elles «participent» à la Beauté qu'elles seront connues.

L'ontologie platonicienne

Elle se présente comme un réalisme des essences. Mais les Formes sont aussi des êtres intelligibles, qui donnent la condition de toute connaissance. Toutefois, elles ne sont aucunement des représentations de l'esprit, des concepts ou des idées. Non seulement elles sont de vraies réalités, mais elles sont toute la réalité. Cela a conduit à désigner la philosophie de Platon comme un «réalisme des Idées».

Les Formes, réalités séparées du monde sensible

Les Formes platoniciennes sont donc des réalités stables et permanentes; elles sont nécessairement existantes et constituent «ce qui est» tel qu'il est. Par ailleurs, les Formes sont réellement dissociées de la multiplicité des objets sensibles qui sont nommés d'après elles. De ce fait, elles sont exemptes de la diversité et de la contradiction inhérentes au monde empirique, qui est, lui, dépourvu de vraie réalité. Mais elles sont aussi rendues nécessaires, «désirées», dit le Phédon, par les contradictions du monde sensible qui recherchent leur propre résolution. C'est à cet aspect de la philosophie de Platon qu'Aristote s'opposera le plus nettement. Celui-ci, qui fut jusqu'à l'âge de quarante ans un disciple puis un enseignant de l'Académie, n'aura de cesse de souligner les contradictions auxquelles conduit la volonté de «séparer» (khorizein), comme l'a fait Platon, les Formes des êtres sensibles: les Formes platoniciennes sont des essences réelles, intelligibles et séparées du monde sensible, mais elles exercent une forme de causalité sur la connaissance qui s'applique à elles.

La dialectique

Les dialogues de la maturité, où Platon présente sous la forme la plus élaborée sa théorie des Formes, sont aussi ceux où la dialectique est progressivement définie non plus seulement comme l'art du dialogue, mais comme la seule méthode philosophique appropriée à l'examen de l'essence. Le dialecticien sait en effet conduire la recherche philosophique selon la nature de la chose soumise à l'examen, jusqu'à en dégager l'essence (comme un bon boucher, dit Platon dans le Phèdre, sait découper un animal selon ses articulations naturelles). Mais le dialecticien sait aussi reconnaître les parentés, ou les incompatibilités, qui existent entre plusieurs Formes. Car le lieu des Formes est un lieu organisé et hiérarchisé.

Les Formes ou «genres de l'être»

Platon explique dans le Sophiste qu'il existe cinq Formes principales, ou «genres de l'être»: l'Être, le Repos, le Mouvement, le Même, l'Autre. Il montre comment certaines Formes sont liées les unes aux autres, ou «participent» les unes des autres; c'est le cas de la Forme du Feu et de celle de la Chaleur, de la Forme du Froid et de celle de la Neige. Un tel entrelacement des Formes donne le fondement ontologique de la possibilité du jugement vrai, comme «le feu est chaud» ou «la neige est froide». En revanche, certaines Formes s'excluent, comme la Forme du Repos et celle du Mouvement. Tout jugement qui voudrait associer deux prédicats renvoyant à deux Formes s'excluant l'une l'autre est nécessairement un jugement faux. Enfin, toutes les Formes participent à l'Être, tandis que la Forme de l'Autre est répandue à travers tout le lieu intelligible. Le Non-Être est ainsi défini comme l'Autre de l'Être. Cette forme d'existence reconnue au Non-Être permet d'expliquer comment il est possible de parler de quelque chose qui n'existe pas. C'est là une des façons dont Platon rend compte, dans le cadre de son ontologie, de la possibilité de l'erreur.

Les Formes dans le Parménide

La théorie des Formes résume l'essentiel de l'ambition philosophique de Platon . Il est vrai que dans le Parménide Platon nous présente un Socrate encore jeune, accumulant les objections à l'encontre de cette théorie, mais l'intention – ironique ou sérieuse – de ce dialogue est très difficile à définir. Par ailleurs, même dans les dialogues où Platon présente et défend l'existence des Formes, il ne manque pas de souligner les difficultés qui y sont attachées. Il n'y a donc aucune raison de penser que s'il a voulu, dans le Parménide, exposer systématiquement les difficultés en question, cela doit signifier qu'il aurait renoncé à cette théorie.


  
  
  
  






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