Asclepius
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12.1
Quant au vide, auquel la plupart attachent tant d'importance, mon avis est qu'il n'existe pas, qu'il n'a jamais pu exister et qu'il n'existera jamais. Car tous les membres du monde sont parfaitement pleins, comme le monde lui-même est parfait et plein de corps différant de qualité et de forme, ayant leur apparence et leur grandeur : l'un plus grand, l'autre plus petit; l'un plus solide, l'autre plus ténu. Les plus grands et les plus forts se voient facilement; les plus petits et les plus ténus sont difficiles à apercevoir ou tout à fait invisibles. Nous ne connaissons leur existence que par le toucher; aussi plusieurs les regardent-ils non comme des corps, mais comme des espaces vides, ce qui est impossible. Si on dit qu'il y a quelque chose hors du monde, ce que je ne crois pas, ce sera un espace rempli de choses intelligibles et analogues à sa divinité, de sorte que même le monde qu'on appelle sensible soit rempli de corps et d'êtres en rapport avec sa nature et sa qualité. Nous n'en voyons pas toutes les faces; les unes sont très grandes, les autres sont très petites, ou nous semblent telles par l'effet de l'éloignement ou par l'imperfection de notre vue ; leur extrême ténuité peut même faire croire à plusieurs qu'elles n'existent pas. Je parle des démons, que je crois habiter avec nous, et des héros qui habitent au-dessus de nous, entre la terre et la partie la plus pure de l'air, où il n'y a ni nuages ni aucune trace d'agitation.


12.2
On ne peut donc pas dire, ô Asclèpios, que rien soit vide, à moins qu'on ne dise de quoi telle ou telle chose est vide ; par exemple, vide de feu, d'eau, ou autre chose semblable. S'il arrive même que ceci ou cela, petit ou grand, soit vide d'objets de ce genre, rien ne peut être vide de souffle ou d'air. On en peut dire autant du lieu; ce mot seul ne peut se comprendre si on ne l'applique pas à quelque chose. En ôtant le terme principal, on mutile le sens; aussi dit-on avec raison: le lieu de l'eau, le lieu du feu ou autre chose semblable. Comme il est impossible qu'il y ait quelque chose de vide, on ne peut comprendre un lieu seul. Si on suppose un lieu sans ce qu'il contient, ce doit être un lieu vide, ce qui selon moi n'existe pas dans le monde.


12.3
Si rien n'est vide, on ne voit pas ce que serait le lieu en soi, si on n'y ajoute une longueur, une largeur, une profondeur, comme les corps humains ont des signes qui les distinguent.


12.4
Cela étant ainsi, ô Asclèpios, et vous qui êtes présents, sachez que le monde intelligible, c’est-à-dire Dieu, qui n'est perçu que par le regard de l'intelligence, est incorporel, et qu'il ne peut se mêler à sa nature rien de corporel, rien qui puisse être défini par la qualité, la quantité ou le nombre, car il n'y a rien de pareil en lui. Ce monde, qu'on nomme sensible, est le réceptacle de toutes les apparences sensibles, des qualités des corps, et tout cet ensemble ne peut exister sans Dieu. Car Dieu est tout, et tout vient de lui et dépend de sa volonté ; il renferme tout ce qui est bon, convenable, sage, inimitable, sensible pour lui seul, intelligible pour lui seul. Hors de lui rien n'a été, rien n'est, rien ne sera ; car tout vient de lui, est en lui et par lui : les qualités multiples, les plus grandes quantités, les grandeurs qui dépassent toute mesure, les espèces de toutes formes. Si tu comprends ces choses, ô Asclèpios, tu rendras grâces à Dieu ; en observant l'ensemble, tu comprendras clairement que ce monde sensible et tout ce qu'il contient est enveloppé comme d'un vêtement par le monde supérieur. O Asclèpios, les êtres de tout genre, mortels, immortels, raisonnables, animés, inanimés, à quelque classe qu'ils appartiennent, offrent l'image de leur classe, et quoique chacun d'eux ait la forme générale de son genre, cependant tous ont entre eux des différences. Ainsi le genre humain est uniforme et on peut définir l'homme par son type; cependant les hommes, sous cette forme unique, sont dissemblables. Car l'espèce (le caractère individuel) qui vient de Dieu est incorporelle, comme tout ce qui est compris par l'intelligence. Puisque les deux éléments qui déterminent la forme sont les corps et les incorporels, il est impossible qu'il naisse une forme entièrement semblable à une autre, à des distances de temps et de lieu différentes. Les formes changent autant de fois que l'heure a de moments dans le cercle mobile où est ce Dieu omniforme dont nous avons parlé. L'espèce (l'individualité) persiste en produisant autant d'images d'elle-même que la révolution du monde a d'instants. Le monde change dans sa révolution, mais l'espèce n'a ni période ni changements. Ainsi les formes de chaque genre sont permanentes et dissemblables dans le même type.


12.5
ASCLÈPIOS : Le monde change-t-il aussi d'apparence, ô Trismégiste?


12.6
HERMÈS : On dirait que tu as dormi pendant cette explication. Qu'est-ce que le monde, de quoi se compose-t-il, sinon de tout ce qui naît? Tu veux donc parler du ciel, de la terre et des éléments, car les autres êtres changent fréquemment d'apparence? Le ciel, pluvieux ou sec, chaud ou froid, clair ou couvert de nuages, voilà autant de changements successifs d'aspect dans l'apparente uniformité du ciel. La terre change continuellement d'aspect, et lorsqu'elle fait naître ses fruits et lorsqu'elle les nourrit, lorsqu’elle porte des produits si divers de qualité, de quantité : ici du repos, là du mouvement, et toute cette variété d'arbres, de fleurs, de graines, de propriétés, d'odeurs, de saveurs, de formes. Le feu a aussi ses transformations multiples et divines, car le soleil et la lune ont toutes sortes d'aspects comparables à cette multitude d'images que reproduisent nos miroirs. Mais en voilà assez sur ce sujet.



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