Dialogue  Inter-  Religieux

Le Saint > Role et Emotions

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A insi, le Saint s'ébat:
Pour lui, le savoir est une malédiction,
L'engagement un enchaînement,
Les faveurs une corruption,
L'habileté un commerce.
Le Saint est sans projet : que ferait-il du savoir?
Il ne découpe rien : que ferait-il de la colle?
Il ne perd rien: comment chercherait-il à obtenir?
Il ne convoite aucun bien. pourquoi commercerait-il?
Ces quatre positions sont le Don du Ciel ;
Le Don du Ciel est une nourriture :
Nourri par le Ciel, pourquoi en appellerait-il à l'humain?
De l'homme, il a la forme mais non les penchants.
Ayant cette forme, il se mêle aux hommes.
Sans leurs penchants,
Un tel homme fautait sans regrets
Et réussissait sans fatuité.
Un tel homme grimpait sans vertige,
S'immergeait sans se mouiller
Et plongeait dans le feu sans se brûler.
Ainsi était la connaissance à hauteur de la Voie.
L'homme Véritable des temps anciens
Dormait sans rêver, Se réveillait sans soucis,
Mangeait sans goûter
Et respirait en profondeur.
L'homme Véritable respire par les talons;
Les gens du commun par la gorge,
Subjugués, on dirait qu'ils vagissent.
Quand passions et désirs sont profonds
Faible est la force interne du Ciel.
L'homme Véritable des temps anciens
Ignorait l'amour de la vie et la haine de la mort,
Ne se réjouissait pas d'apparaître
Et ne refusait pas de disparaître.
Alerte et léger, il arrivait et repartait. C'était tout.
Conscient de son origine et peu soucieux de sa fin,
Recevant la vie, il en jouissait ;
La perdant, il retournait à la source,
C'est ce qu'on appelle ne pas nuire à la Voie par l'esprit
Et ne pas agir en homme pour assister le Ciel.
C'est cela être un homme Véritable.
Un tel homme avait l'esprit attentif,
Le visage serein et le front large.
Austère, il était comme l'automne;
Chaleureux, il était comme le printemps.
Ses joies et ses colères épousaient les quatre saisons.
Il s'accordait aux êtres et aux choses
Sans que nul ne connaisse ses limites.
Ainsi, quand le Saint levait des troupes,
Il détruisait un pays sans perdre le peuple.
Répandant ses bienfaits sur mille générations,
Il n'aimait pas d'amour partial.
Ainsi, qui jubile en circulant au travers des êtres,
N'est pas un Saint.


Taoisme Citation
Zhuangzi, chap.V, traduction par Isabelle Robinet 
Il n'y a rien à acquérir une conquête serait de main d'homme et ne pourrait donc être éternelle, ne subsisterait pas. En d'autres termes, l'ordre est fondamental. Le langage, de même, est d'abord rupture, puis mouvement désordonné, " pépiement d'oiseau ", lorsqu'il n'est qu'humain. Il entre dans un autre ordre lorsque le silence y est inclus, lorsqu'il est langage-silence qui inclut sa limite, sa faille. Il s'ouvre alors sur ce qui ne s'épuise pas. Mais sans conteste, la plus forte réponse de Zhuangzi, la plus imagée et la plus présente au long de l'œuvre, la seule sur laquelle il s'attarde, est d'ordre théologique - elle est le Saint. Le Saint, anonyme, unité thématique, fonction sociale et ontologique, signe de l'Homme par excellence, dont l'excellence est de dépasser l'humain et d'accéder à l'universel et au " céleste ". Le texte de Zhuangzi est le plus ancien, le premier que nous connaissions à décrire cette figure qui deviendra un élément moteur de la dynamique taoïste, et à lui donner des traits surnaturels que l'on retrouvera tant dans l'imagerie populaire que dans la tradition taoïste : il s'immerge dans l'eau sans se mouiller, entre dans le feu sans être brûlé, etc. Le Saint est la forme anthropomorphique du Tao qui fonde, embrasse et dépasse toute chose, tout en y demeurant. Contrairement à celui de Laozi (Lao Tzeu), il refuse de gouverner. Il est aussi très différent de celui du Yijing, non pas gouvernant celui-là, mais ordonnateur cosmique qui voit, sait, distingue, tranche, et éclaire, qui agit, place, organise, ébranle, crée et parachève. Le Saint de Zhuangzi, quant à lui, se caractérise surtout par une totale liberté : il est hors du monde; fluide et alerte, il navigue et s'ébat " au-delà des quatre pôles ", il s'envole comme l'oiseau Peng, comme le " souffle spiralé du grand vent ", qui n'est autre que le Souffle cosmique, le tourbillon qui est au Principe de la vie. Il est exempt de tout souci tant pratique que moral, politique ou social, de toute inquiétude métaphysique, de toute recherche d'efficacité, de tout conflit interne ou externe, de tout manque et de toute quête. De dimension cosmique, flanqué du soleil et de la lune, contenant l'univers en lui, il est en unité parfaite avec lui-même et avec le monde, et jouit d'une totale plénitude et intégrité. Incarnation de la nouvelle valeur que propose Zhuangzi, il est opposé à l'homme ordinaire pris entre la vie et la mort, la richesse et la pauvreté, le renom et l'obscurité. Il est opposé à l'oiseau en cage, à la tortue momifiée, aux prêcheurs englués dans leur vérité, à l'homme d'État prisonnier de son devoir et de son renom, etc. Il ne se laisse pas " engloutir " dans les êtres; il est éminemment libre de tout être, car traversé par l'infini qui -fait de tout être une éphémère fragilité, Zhuangzi y revient souvent.' Rien de ce qui peut lui être retiré ou contesté, rien de ce qui peut être thésaurisé et consommé ne le concerne; ainsi de la vie qui peut " se perdre ", ainsi du savoir qui peut s'acquérir, de la vérité qui peut être contestée, de tout ce qui peut être retiré. Libre de toute identification soit à la permanence, soit au changement, il est aussi bien permanence et unité que changement, sujet à la vie et à la mort. Identifié aussi bien à la vie qu'à la mort, il n'est pas plus vivant que mort. Laissant agir en lui le processus de création continue qui est à l'oeuvre dans la nature continûment, il l'intériorise totalement et le manifeste extérieurement à la fois, en un seul mouvement. Le Saint est celui qui agit vraiment, est naturellement créateur, s'accomplit, se réalise, est " entier " (quan, en état d'intégrité) et actualise la vertu entière qui fait l'objet du titre du chapitre v, celle-là qui fait entiers les " amputés " selon les hommes, qui rend ignare et comme endormi celui qui est lucide. Le Saint est libre et aérien parce qu'il vit sur le mode de l'être et non sur celui de l'avoir, du savoir, ou du paraître. Il s'en tient uniquement à l'" inévitable ", au " Décret " qui est en fait ce qui s'impose sans conteste possible : le cycle de la vie et de la mort, du commencement et de la fin qui font un cercle (chap. XXV) où disparaissent les extrêmes (chap. VI). L'" inévitable " (bu de yi) n'est autre que le ziran, le " spontané ". C'est l'injonction (c'est le sens premier du mot ming, qui signifie aussi " décret ", et est ainsi traduit par J.C. Pastor) naturelle qui est manifestation spontanée de l'ordre naturel. L'inévitable auquel le Saint s'ordonne n'est autre que la forme négative du ziran, le " spontané ", qui en est la forme positive, ce qui " par soi-même est ainsi ", sans cause. " Seul ", le Saint est celui qui " s'échappe " au centre, où il n'est pas d'oppositions. Il se jette hors tout discours et toute pensée et il échappe au binarisme, au contradictoire (chap. XI). Un, il est seul, parce qu'il est la Totalité sans repère, face à laquelle rien ne peut se poser, " sans pair ", sans double ", dit Zhuangzi, sans répondant; il est dans le sans écho " (chap. XI), et, dans la mythique taoïste, il ne fait pas d'ombre; il est la seule réponse à la seule question, l'unique question-réponse, en l'axe du Tao, où ni ceci ni cela ne trouve sa contrepartie (notons que le terme employé à ce propos est ou, celui que Zhuangzi emploie pour décrire l'extase de Ziqi : " privé de son compagnon "). " Seul ", hors de tout rapport, " il est en lui-même sans que les choses restent en lui " (chap. XXXIII, à propos de Guan yin, repris en Liezi 4) ; lorsqu'il est acteur, il n'est pas tenu par son acte, il ne se pose dans aucune relation ni coordination à quoi que ce soit: il ne s'" engloutit " pas; il traite les choses comme des choses et ne se laisse pas " chosifier ". Au-delà de la relation cause-causé, origine-suite, sans cause, " il brille jusqu'au ciel ". Il est ce qu'il fait, son acte ne se distingue pas de lui-même ni de ce qui paraît être une impulsion reçue, car il fait un avec le monde dit " extérieur ". Car le Saint est aussi miroir qui accueille et réfléchit la multiplicité du monde, métaphore par excellence de la connaissance à jamais spéculaire, qui ne fonctionne qu'indirectement et par une réflexion duelle et réciproque. Sa pureté-absence fait apparaître les images, image de ce qui ne peut se connaître qu'ainsi, indirectement, au moyen d'une absence d'images, images évanescentes et indirectes sur un fond de possible illimité. Ce n'est pas le solipsisme : à l'opposé de Narcisse, le Saint ne se reflète pas lui-même et ne se noie pas dans son image. Absent, le Saint est " ce par quoi " adviennent les images et le miroir qui réfléchit les autres, en leur multiplicité rendue indéfinie par sa propre absence, par sa " non-immersion ". Il est à la fois les images et le miroir qui, se renvoient chacun l'un à l'autre. Il est celui qui unifie et par là rend possibles les infinis multiples et leur donne sens. C'est lui qui peut alors affirmer et nier, d'une affirmation et d'une négation qui sont infinies quels que soient les termes sur lesquels elles portent, qui sont donc absolues l'une et l'autre concomitamment (chap. II), comme l'est l'existence de chacun, à la fois affirmation et négation. Car il est au centre où tout " fonctionne ", où disparaît la disjonction entre la réalité et le dire, au centre de la " roue du ciel ", dans le " suprême. ", l'" éminence " que connote le mot da (" grand ", dont le caractère s'apparente à celui du " ciel " noté par un graphe qui désigne originellement un géant), ou shang (" haut ") ou zhi (" suprême "), toutes désignations qui, chez Zhuangzi marquent la conjonction de l'affirmation et de la négation - la " grande vertu " (ou " vertu suprême ") qui n'est pas vertu, la " voie (= voix) suprême " qui ne se nomme pas, le " débat suprême " qui reste coi, etc. Il s'évade dans le domaine de l'infini, où début et fin se renversent, où il n'est, pas d'extrémité, dans le domaine du nulle part, du gratuit et de l'inutile, qui n'engage à rien, hors de la chaîne des causes et des effets autant que de celle des significations, dans un lieu où tout est indéfini et changeant, dans un rapport extatique au Tout qui intègre non seulement le Ciel, mais aussi le possible. Il joue de l'habileté qui est celle de l'artisan passé maître (voyez l'anecdote du cuisinier), opposée à la fausse habileté; il maîtrise les règles d'un jeu qui changent au fur et à mesure du jeu (chantez avec lui, taisez-vous avec lui ... ) où les imprévus sont intégrés. Polyvalent, il est tantôt dragon, tantôt serpent, se transforme avec le temps et n'accepte pas de n'être qu'une seule chose, tantôt en haut, tantôt en bas (chap. XX); il est " vide, ondoyant et insaisissable, ployant comme l'herbe sous le vent, épousant tout comme les vagues," (chap. VII). Seul, mais universel et total, il embrasse tous les êtres, et les rassemble, les reflète fidèlement et n'en laisse aucun, et cette Totalité s'exprime par l'intégration harmonieuse des contraires : il " tient les deux bouts " à la fois, entre lesquels s'insère le monde; il est tout uniment " compagnon des hommes " et " compagnon du Ciel ", en une " double démarche " qui est le lieu même de la réconciliation entre l'Unité et la multiplicité dont il maintient en même temps la différence. Il conjoint ce qui échappe, le non-existant, et ce qui se laisse appréhender, l'existant. Le Saint vit dans l'unité de toutes choses, unité même entre ce qui est unifié, le Ciel, et ce qui ne l'est pas, le divers, l'homme, en une conduite " parallèle " qui réunit vision ordinaire et illumination (chap. VI); il " marche sur les deux chemins " (chap. II), " changeant avec les êtres, il est uni à ce qui ne change pas " (chap. XXV). A la fois immobile comme un cadavre et changeant comme le dragon, bruyant comme le tonnerre et silencieux (chap. XIV), il connaît l'Unité, l'équivalence, le non-sens des différences, mais aussi leur principe: " qui sait que le Ciel et la Terre sont grains de mil et que le fin bout d'un poil est colline et montagne, perçoit lé principe des différences " (chap. XVII). Et Zhuangzi de s'écrier: " Les dix mille êtres et moi-même ne sommes qu'un " (chap. II), affirmant d'un seul élan, encore une fois sous cette forme contradictoire qu'il affectionne, l'extrême de la multiplicité (les dix mille êtres) et l'unité de l'individu fondus dans l'Unicité. Chantre de la maîtrise consommée, Zhuangzi laisse loin derrière lui les tâcherons attelés à leur tâche, ceux-là dont il se gausse, qui s'essoufflent en exercices respiratoires et gymnastiques, ou observances diététiques, et qui, esclaves de leurs efforts, oublient que lorsque le poisson est pris, il faut jeter la nasse. C'est là que surgit, au ive siècle, le reproche d'un Ge Hong, l'auteur du célèbre Baopuzi, le défenseur passionné de la recherche d'immortalité et de ses peines. " Zhuangzi vole trop haut ", dit-il en substance, il n'enseigne aucun moyen, aucune de ces " recettes " dont sont friands les taoïstes. Il est inutile (eh oui!). Nombreux, en effet, sont les passages où Zhuangzi professe que son " savoir " ne peut s'enseigner ni se transmettre, et l'on ne retient souvent que ceux-là; facile... C'est chez lui façon de dire, encore une fois, et, encore une fois, il se contredit ailleurs. Comme dans le chapitre VI, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres. Mais, comment se fait cette transmission? De façon progressive, " graduelle ", contre toute attente dans un ouvrage aussi abrupt et dont l'esprit a si fortement influencé le " subitisme " du Chan (Zen). Graduelle, mais imperceptible et subtile. C'est une vieille femme qui parle. Son nom, déjà, nous alerte: il signifie " voûté " (les " saints ", chez Zhuangzi, sont tortueux, ils zigzaguent), " marcher avec précaution ". Et ses maîtres furent d'étranges personnages aux noms évocateurs, dont la généalogie est pleine d'enseignement. Elle débute avec " Commencement évanescent ", une confuse genèse, puis passe par le vide, l'obscurité, puis la " Ballade joyeuse " qui caractérise si bien le Saint; nous sommes déjà là dans un domaine plus tangible. Mais l'enseignement s'extériorise de plus en plus avec la " pratique ", c'est l'exemple, l'enseignement " sans parole ", celui du cuisinier Ding (chap. III) et d'autres; puis " le Murmure accordé ", une entente quasi silencieuse, un murmure qui passe de maître à disciple, un début de parole; puis vient le regard, déjà plus de lumière, et enfin la récitation et l'écriture, la transmission par la parole, mais oui, malgré ce qu'en dit Zhuangzi lui-même. La voie est ouverte, et les maîtres " ès recettes " du taoïsme l'ont bien compris, qui n'ont cessé, et Ge Hong tout le premier, de citer Zhuangzi, ne fût-ce que pour dire, inlassablement: servez-vous de nous, mais ne l'oubliez pas, n'oubliez pas que la nasse se laisse lorsque le poisson est capturé.



P our robe unique je revêts la robe de coton :
à moi, chaleur de Félicité de Candali (1).
Amasser ce feu de Gnose, c'est ça que j'aime,
demeurer en la claire Lumière, c'est ça qui me rend heureux.

Pour nourriture je prends celle qu'on offre aux dieux :
à moi, nourriture de la concentration dhyana !
Etre libre de toute nourriture de péché, c'est ça que j'aime,
faire effort, réussir : désormais inutile, c'est ça qui me rend heureux.

Pour activité je choisis de faire ce qui me passe par la tête :
à moi, actions, quelles que vous soyez!
Quand on n'a plus besoin de se croire beaucoup, c'est ça que j'aime,
quand tout ce qui arrive vous convient, c'est ça qui me rend heureux

Au dessus des phénomènes, j'évolue en une danse :
à moi, Connaissance-en-Soi spontanée en elle-même!
Ne croire l'existence éternelle ou finie, c'est ça que j'aime,
Lâcher, sans rien prendre pour réalité (1) , c'est ça qui me rend heureux.


Bouddhisme / Mahayana Citation
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 200-201 
(1) Ou sans s'attacher à rien" (R.A. Stein)



J 'ai composé des chants qui peuvent donner l'illusion que j'ai eu la compréhension illuminée... Il est sûr que je n'ai pas beaucoup étudié, ni appris ou pensé en cette vie... J'ai établi Amour et Compassion au centre même de ma dévotion. J'ai compris l'essentiel, que tous les dharma ne sont ni produits ni arrêtés. Quant à ma conduite, c'était un mélange de bonnes manières et de mauvaises, mais je crois bien qu'il y en avait davantage de mauvaises...

D'abord affligé par la haine de mon clan paternel, je suis devenu pour tous les fidèles l'enfant chéri qui erre n'importe où de pays en pays. Flottant j'étais, sans limitation et sans but comme le vent, cet hémione à robe jaune, dans l'espace médian. Où qu'il se fût levé, c'était un soleil de bonheur qui brillait devant ma porte et j'étais sans avoir à agir, conservant toujours un esprit joyeux et en paix. Dans cet état j'ai fait ceci ou cela, j'ai dit mille choses et rien. [Un tantra] l'a dit : " Quand on a renoncé à tromper les êtres vivants, il n'y a plus d'action, et [pourtant] tout se fait." Ma conduite a été conforme à ces paroles, sans but aucun ni attachement, un éclat de rire : vive la joie, vive la joie!


Bouddhisme / Mahayana Citation
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 411 



C ette vacuité de tous les actes est appelée action correcte. Les bodhisattvas qui pénètrent l'égalité de tous les actes ne considèrent pas l'acte mauvais comme mauvais et ne considèrent pas l'action correcte comme bonne... Établi dans un savoir exempt de vains bavardages, le bodhisattva ne choisit pas la manière de vivre correcte et ne rejette pas la mauvaise manière de vivre. Il ne s'appuie ni sur la Loi correcte ni sur la mauvaise loi, mais il demeure toujours dans le savoir pur. Pénétrant dans cette manière de vivre correcte qu'est l'égalité il ne voit pas la vie et il ne voit pas la non-vie. Pratiquer cette véritable sagesse, c'est ce qu'on appelle [chez le bodhisattva] la manière de vivre correcte.


Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka Citation
(Yuan Kiue King), t. III, p. 1207, traduit par E. Lamotte, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, note p.445 



L e bodhisattva a au fond des moelles l'amour des créatures comme on l'a d'un fils unique ; aussi son amour travaille constamment au salut [ ... ]. Comme une colombe chérit ses petits et reste à les couver, dans cet état la répulsion est détruite ; il en est de même chez le Compatissant à propos des créatures, qui sont ses enfants.


Bouddhisme / Mahayana / Yogacara Citation
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIII, 20,22, traduction S. Lévi. 
Cet héroïsme est loin d'être une valorisation de la douleur, pour elle-même, car, comme tout autre dharma, la souffrance est reconnue dans sa vacuité et se dissout dans la paix insondable du bodhisattva : l'acceptation de la douleur est créatrice et ne vise qu'à abolir celle d'autrui. La perspective bouddhique laisse à ce sujet le moins de chance possible aux déviations et aux abus. De même, si le bodhisattva " désire " conduire les êtres à l'Éveil et les " aime ", sa compassion ne doit pas être confondue avec une affectivité débordante qui se déverserait sur l'humanité : la grande compassion ne peut surgir que chez un être débarrassé de toute passion, de toute croyance au moi grâce au Vide. Une compassion qui naîtrait de l'attraction envers des êtres aimés au sens habituel de ce mot ne serait en effet qu'illusoire et impure : si l'on désire sauver les êtres en les voyant comme extérieurs à soi, on n'est pas libre de tout lien car on croit encore à l'existence réelle de soi et d'autrui et l'on a le désir de se projeter sur eux en leur faisant partager son illumination.



I l me vint à l'esprit : ce dhamma (1) que j'ai acquis est profond, difficile à comprendre, caché, paisible, excellent, au-delà du raisonnement, subtil, accessible aux [seuls] sages ; mais l'humanité prend son plaisir dans l'alaya, se réjouit dans l'alaya, se complaît dans l'alaya... [c'est-à-dire les objets du désir, " refuge " des gens ordinaires]. Il lui est donc difficile de percevoir la loi de production en dépendance ainsi que l'apaisement de toutes les énergies causales, le renoncement à l'attachement, la suppression de la convoitise, l'absence d'attraction, l'arrêt, le nibbana. Si j'enseigne ce dhamma et qu'on ne le comprenne pas, il n'y aura là pour moi qu'inutile effort et fatigue. Ce que j'ai acquis à grand-peine, à quoi bon le révéler? Ceux qu'aveuglent attraction et répulsion... ne peuvent comprendre une telle Doctrine qui s'avance à contre-courant, subtile, profonde, difficile à saisir, délicate.


Bouddhisme Citation
Majjhimanikaya (les Moyens Discours), I, 167-169, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.28 
(1) dharma en sanscrit



C omme un homme sur un rocher au faîte d'une montagne surveillerait les gens alentour, ainsi, Toi, ô Très-Intelligent, Toi qui vois tout, ayant gravi le sommet du dhamma, Toi qui t'es libéré toi-même du chagrin et qui contemples les humains tombés dans le chagrin, opprimés par naissance et vieillesse, lève-toi, héros Victorieux, conducteur de caravane, sans dette, parcours le monde ; daigne le Bienheureux enseigner la Doctrine : la réaliseront ceux qui sont aptes à comprendre.


Bouddhisme Citation
Majjhimanikaya (les Moyens Discours) , cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.28 



J usqu'aux extrêmes limites de l'endurance, j'éprouverai tous les degrés de la souffrance inhérente aux malheurs que l'on rencontre dans les mondes divers. Et aucun être ne doit être privé des réserves de mes mérites.

"J'ai pris la résolution de demeurer d'innombrables périodes dans chaque destinée douloureuse. Ainsi aiderai-je tous les êtres à se libérer en quelque destinée qu'ils puissent se trouver, dans quelque monde que ce soit. Car mieux vaut que j'éprouve seul les douleurs et que tous les êtres ne soient plongés dans des états douloureux. Dans ces états, parmi les animaux, chez le roi de la mort, dans la jungle des enfers, je me livrerai en otage pour racheter le monde entier. Puissé-je éprouver en mon propre corps la multitude de toutes les douleurs pour le bien de tous les êtres.


Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka Citation
(Citation du noble Vajradhvajasutra) dans le Siksasamuccaya, XVI, p. 280-281, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.145 



D ans tous les enfers annexés à d'inconcevables champs de Bouddha,
ils [les bodhisattvas] se rendent volontairement pour se faire le bien des êtres.


Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka Citation
Enseignement de Vimalakirti, VII, 6, p. 298-299, traduction É. Lamotte, dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.165 



L e Saint est celui qui l'obtient sans jamais tomber dans la confusion. Les émotions, ce sont les mouvements de la nature : les hommes ordinaires sont ceux qui s'y noient sans jamais connaître son fondement. Est-ce à dire que le Saint est dénué d'émotions ? Le Saint est silencieux et immobile. Sans se déplacer, il parvient à destination ; sans parler, il communique sa force spirituelle ; sans briller, il irradie. Par ses oeuvres, il forme une trinité avec le Ciel et la Terre, par ses transformations, il s'unit avec le Yin et le Yang. Bien qu'il connaisse les émotions, il n'est jamais émotif. Est-ce à dire que le commun du peuple est dénué de cette nature ? La nature d'un homme du commun ne diffère en rien de celle du-Saint. Toutefois, elle est obscurcie par les émotions avec lesquelles elle est en perpétuel conflit, de sorte que [l'homme du commun] arrive à la fin de ses jours sans avoir eu lui-même une vision de sa propre nature.


Confucianisme Citation
Fuxing shu (Livre sur le retour à la nature foncière), in Li Wengong ji (OEuvres de Li Ao), éd. SBCK, 2, p. 5a sq., cité et traduit par Anne Cheng, Histoire de la pensée Chinoise, Edition du Seuil, 1997 
(1) " La nature, c'est le décret du Ciel " fait référence à la première phrase de L'invariable Milieu.
On voit ici un penseur qui, soucieux de répondre aux défis lancés par les interrogations bouddhiques, cherche des réponses dans sa propre culture. Li Ao remet à l'honneur la tradition sur les Mutations qui illustre le thème cosmologique - de l'union de l'Homme avec le Ciel-Terre, ainsi que La Grande Étude et L'Invariable Milieu où l'"authenticité " (cheng) occupe une place centrale. Cette notion, comprise comme aboutissement du " retour à la nature foncière ", apparaît comme l'équivalent confucéen de l'illumination des bouddhistes ou des taoïstes, lesquels n'en détiendraient pas le monopole.



L e bodhisattva connaît distinctement ces portes de samadhi, il sait comment entrer en samadhi, demeurer en samadhi et sortir du samadhi. Il ne s'attache pas au samadhi, ne le savoure pas et ne s'y appuie pas... Il joue en maître avec toutes les extases et tous les recueillements.


Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka Citation
Mahaprajnaparamitasastra, p. 1197-1198, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.100 



L e Saint s'ébat là où les êtres et les choses
Jamais ne disparaissent, et avec eux il demeure.
Mort précoce, vieillesse, origine et fin de la vie
Lui procurent la même joie.


Taoisme Citation
Zhuangzi, chap.V, traduction par Isabelle Robinet 



L e Bouddha, plongé en profond samadhi, n'est pas agité par les choses du monde, [ ... ] il reste toujours en samadhi. [ ... ] le Bouddha [ ... ] prêche la loi selon les désirs [de ses auditeurs] sans qu'il y ait de sa part acte d'attention ni concept.


Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka Citation
Mahaprajnaparamitasastra (traité de la Grande Vertu de Sagesse (recueil de textes traitant de la prajnaparamita : perfection de la sapience)), p. 559-560, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p. 483 


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