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Citations spirituelles et philosophiques
de la mystique soufie

160  citations  | Page 4 / 7




J 'atteignis l'esplanade du non-être, et je ne cessai d'y voler dix ans, [ …]
J'atteignis alors le tawhid, dans le distancement de la création d'avec l'initié [Bistami lui-même], et dans le distancement de l'initié d'avec la création.





Islam / Soufisme Citation n°824 | 
cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Bistami et l'ascèse du vide, p110 et suivantes 
Tout est exprimé cette fois en termes négatifs, par une voie négative vécue, ou le non être, et le manque et la privation (séquence coupée), apparaissent comme le moyen formel de l'expérience. Il y a ici, à travers la différence des vocabulaires et des symboles, une hallucinante convergence avec les ultimes nesciences intellectuelles du yoga. Et le dernier mouvement alternatif de " distancement " (les auteurs indiens ne diraient ils pas " discrimination " ?) de la création d'avec l'initié et de l'initié d'avec la création, ne peut qu'évoquer les derniers aphorismes de Patanjali ; où même la " qualité spirituelle " (satva) du sujet s'abolit dans le monde de la nature auquel elle appartient, après que le pur acte d'être, le pure " je " incolore, non qualifié et non qualifiable, en ait été discriminé. Et c'est alors l'ultime et fruitif esseulement final.





D ieu m'a ravi à mon "moi" [illusoire] et m'a rapproché de mon "moi" [réel] et la disparition de la terre a entraîné celle du ciel. Le tout et la partie se sont confondus. La verticale et l'horizontale se sont anéanties. [...]. Le voyage a atteint son terme et ce qui est autre que Lui a cessé d'exister. Toute attribution, tout aspect, toute relation étant abolis, l'état originel est rétabli.




Islam / Soufisme Citation n°822 | 
Extraits de Écrits spirituels (Kitab al Mawaqif), Mawqif 7, présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz, Paris, Seuil, 1988 





C elui qui s'est montré généreux dans l'octroi de l'extase, d'autant plus libéral sera t'il pour accorder les dons et vertus qui anéantissent l'extase. Lorsqu'il commença à m'envoyer l'extase, je connus avec certitude que celui qui était libéral à mon égard tiendrait jusqu'au bout ses merveilleux engagements.




Islam / Soufisme Citation n°815 | 
Kitab al - ta' arruf, chap. 53 p 82/83 





U n soufi a dit :
l'extase (wadj) est comme le message de la Vérité suprême, annonçant cette bonne nouvelle : la montée vers la station de la vision de Dieu.





Islam / Soufisme Citation n°813 | 
Kitab al - ta' arruf, chap. 53 p 82/83 ; rem : le wadj ici n'est pas un effet de la présence de Dieu il en est l'effet annonciateur. 
La notion du " wadj " soufi sera susceptible de s'engager selon l'une ou l'autre des deux lignes suivantes (ou nous retrouvons le dilemme du tafrid ou de l'infirad hallagien): Ou bien l'accent sera mis sur l'introversion sentie, et la rétorsion de l'âme qui laisse s'actualiser en elle la " rencontre ", le sentiment joyeux - douloureux dont elle est visitée. Dès lors, le wadj accueille une " équivoque ", et, face à ce retour sur soi, Dieu, annoncé mais non possédé reste l'inaccessible. Ou bien l'accent sera mis sur ce choc mental qui tire l'âme hors d'elle-même, et hors de la durée psychologique, pour se " retrouver " (perdue) en une présence suprême, qui est présence d'un Autre. Il est facile de prévoir les concordances possibles entre cette deuxième acceptation du wadj, et la notion technique d' " extase " devenue classique en mystique chrétienne. Il est facile de prévoir aussi que la première acceptation en divergera. Il serait intéressant de nous reporter ici à la notion "d'extase" chez Plotin, et d'étudier la notion d'extase dans l'histoire de la théologie spirituelle chrétienne. Je rappellerai seulement qu'en son sens technique actuel, l'extase est pour le mystique chrétien, un effet de la présence de Dieu, si des visions ou révélations sont alors communiquées à l'âme, il reste que l'essentiel est bien l'unité divine seule. Et c'est à mesure que croîtra sa capacité d'amour, et que se fera plus totale et plus stable l'emprise de Dieu, que l'âme pourra surmonter ce que Hildegarde appelait la " faiblesse de l'extase ".





L es états d'extase divine, c'est Dieu qui les provoque tout entiers, quoique la sagacité des maîtres défaille à le comprendre. L'extase c'est une incitation, puis un regard [de Dieu] qui croit et flambe dans les consciences. Lorsque Dieu vient l'habiter aussi, la conscience double d'acuité, et trois phases s'offrent alors aux voyants :

Celle où la conscience est encore extérieure à l'essence de l'extase,
Celle où elle devient spectatrice étonnée,
Celle où la ligature du sommet de la conscience s'opère,
elle se tourne alors vers une face dont le regard la ravit à tout autre spectacle.





Islam / Soufisme Citation n°807 | 
Diwan, p54, cité et traduit par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane " 
Je pense, avec MM Massignon et Moreno, et au contraire de Nicholson, que le fana' soufi n'est aucunement l'équivalent du nirvana bouddhiste, soit même du Kaivalya indien (cf. L. Massignon, Essai p93 et MM. Moreno, Mystique Musulmane & Mystique Indienne p156-161). […] Le fana', état de ce qui est périssable, s'actualise, si l'on peut dire, dans la réduction au non être, un peu le " néontement " au sens existentialiste moderne. Il est dit dans le Coran que Dieu manifestera sa suprême Toute Puissance en faisant précéder le " jour du Jugement " par le fana' de la créature. Il l'anéantira pour ensuite la rappeler à l'être et la juger. […] Toutefois, tout dépend de la teneur même de l'expérience d'unicité, du tawhid, et ni fana', ni baqa' ne se peuvent traduire par des termes arrêtés une fois pour toutes. Ainsi, dans la ligne de l ' "Unicité du témoignage", le fana' pourra se présenter comme une extase du sujet dans l'objet, le tawhid devenant l'acte du sujet mû par Dieu, et le baqa' la substance du sujet en Dieu, par l'acte même de Dieu. Dans la ligne de " l'Unicité l'Etre) ", il s'agira d'une extase du sujet dans un acte d'abolition de l'objet, le tawhid étant l'acte (second) de suspens de tout acte (second) d'intelligence ou de volonté, dans une subsistance (baqa') ultime et indifférencié, ou une identification se consomme entre un " je " conçu comme divin et le " je " humain aboli en ses sources d'être, en son acte premier d'existence. De ce point de vue, l' " échec " de Bistami n'est échec que parce que sa foi monothéiste exigeante se refusait à transcrire en monisme de l'être, son expérience de suspens ultime. Le soufisme postérieur, influencé par Ibd Sina, et à travers lui, par Plotin, revêtira indûment ce monisme d'une transcription monothéiste.





L e tajrid (1), c'est ne posséder rien
Le tafrid (2), c'est n'être possédé par rien.





Islam / Soufisme Citation n°806 | 
Manuel de Khalabadhi, cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Les états d'esseulement, p 98 et suivantes. 
(1) & (2) il s'agit de deux etats spirituels.
On explique souvent le tajrid comme un dépouillement, un détachement des apparences, des accidents, le tafrid devenant l'esseulement proprement dit, par abolition de toute " forme " y compris la sienne propre, une sorte d'au-delà des " états spirituels ". (en prenant ici " forme " (sura), non pas au sens technique aristotélicien que donnèrent à sura les philosophes hellénistes de l'Islam (falasifa), mais au sens primitif de " figure " : Dieu façonna l'homme " selon telle forme qu'il voulut " dit le Coran (82,8). Un peu la " forme propre " indienne (svarupa) ou l'essence sensible manifeste l'essence cachée de la chose (Cf. O. Lacombe " L'absolu selon le Védânta ". Le tajrid apparaît bien, chez un Hallaj ou chez un Bistami, ainsi qu'une voie de négation conceptuelle expérimentée, qui laisse l'homme seul avec lui-même face à une essence divine inaccessible. Il s'agit dans l'ensemble et plus profondément, d'une expérience de dégagement de toute saisie conceptuelle, dégagement de toute intelligibilité dans l'ordre de l'essence, l'homme, selon l'expression de Bistami " se démasquant de son moi comme le serpent de sa peau ". (Bistami) [...] Au-delà du tajrid, le tafrid (du moins dans le langage Hallagien), se présente comme " l'esseulement plénier " qui enferme en quelque sorte en soi même le fonds de l'âme. Mais il est à remarqué qu'ils soient présentés à lui comme des états non seulement qu'il fallait dépasser, mais auxquels il fallait renoncer : " le premier pas vers l'unification (tawhid) est la totale suppression du tafrid " (cité par Hujwiri, " Kashf al mahjub ", trad. Nicholson, p 281) [...] Il s'agit bien d'un esseulement expérimenté, esseulement du moi dans l'acte même de connaissance à l'égard de toute donnée objective (tajrid), ou esseulement du moi à l'égard de tout acte du moi (tafrid). Nous n'avons pas là un témoignage fort clair du mouvement de rétorsion propre à la mystique naturelle ? C'est avec raison me semble t'il, que M. Louis Massignon a pu mettre le tajrid en concordance avec l'entrée en samadhi ou " extase " encore différenciée, et le tafrid en concordance avec un approfondissement du samadhi. Par rapport à l'état terminal, tafrid se présente comme statique, et infirad comme dynamique. Ce tafrid, ce sera l'état d'esseulement obtenu, et l'infirad, l'état de l'âme mise en esseulement (par Dieu). […] Pour Hallaj donc, le tafrid (et à un degré moindre le tajrid) sera avant tout l'esseulement ascétique de la créature spirituelle repliée en son soi ineffable ; l'infirad désignera aussi bien l'esseulement de l'âme par Dieu et en Dieu, que l'esseulement de Dieu même dans le mystère de ses attributs ; l'ifrad enfin sera réservé à Dieu seul, pour signifier son inaccessible isolement, dans le mystère de son essence : et qui reste tel, alors même que l'âme énamourée de lui, en lui s'isole (ifarada). (ifrad exprimera en ce cas l'isolement parfait opéré par Dieu dans l'âme de l'extatique





A lors, si la volonté [du soufi] est sincère, son effort spirituel pur, et sa persévérance parfaite, s'il n'a pas été entraîné en sens contraire par ses passions, ni préoccupé par l'inquiétude de ces attaches au monde, les lueurs de la vérité brilleront en son cœur. Ce sera au début comme l'éclair rapide qui ne demeure pas, puis qui revient mais tarde parfois. S'il revient, tantôt il demeure, et tantôt il ne fait que passer. S'il demeure tantôt sa présence se prolonge et tantôt elle ne se prolonge pas. Et tantôt des illuminations semblables à la première apparaissent, se succédant les unes les autres ; tantôt tout se réduit à un seul mode. Les demeures (modes divers sous lesquels se présentent les illuminations) des saints sont innombrables, de même que sont innombrables les différences entre leurs naturels et leurs caractères.




Islam / Soufisme Citation n°805 | 
Ihya' ulim al din, 3ième ¼, Livre I, " les prodiges du cœur ", cité et traduit par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Extrait de l'Ihya' ulim al din " 





L 'homme disparaît de lui-même, il ne sait rien des apparences extérieures de ses membres, ni du monde extérieur, ni de ce qui se passe en lui, il disparaît de tout cela, et tout cela disparaît de lui, fuyant vers Dieu d'abord, en Dieu ensuite.




Islam / Soufisme Citation n°777 | 
cité et traduit par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Dhikr de l'intime, p226 et suivantes 





C ertes Moi, avec vous deux, J'écoute et Je vois (Cor. 20: 46),
ce qui signifie "par vous deux J'entends et par vous deux Je vois, car Ma compagnie a subjugué vos deux êtres. Il n'y a ici que Moi, il n'y a plus de "vous" si ce n'est sous le rapport de la forme apparente". Cette station spirituelle est connue chez les initiés- qu'Allah soit satisfait d'eux !- sous le nom de "Proximité par les oeuvres obligatoires" et elle consiste dans la manifestation du Seigneur et l'occultation du serviteur.





Islam / Soufisme Citation n°776 | 
Extraits de Écrits spirituels (Kitab al Mawaqif), Mawqif 132, présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz, Paris, Seuil, 1988. 





C e qui compte pour l'extatique,
c'est que l'unique le réduise à l'unité.





Islam / Soufisme Citation n°768 | 
cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Les états d'esseulement, p 98 et suivantes 
Autre traduction possible: "Le tout, pour l'extatique, c'est l'esseulement de l'Unique, en Soi.", Louis Massignon, "Les Sâlimiya et le récit de Razzâz", in "Le martyre de Hallâj à Bagdad", La Nouvelle NRF, 1er février 1954, n° 14, p. 232.
La prise de conscience de cet esseulement par la tradition soufie est liée, croyons-nous, au fait que l'état terminal est souvent désigné comme une expérience d'unicité (tawhid), plutôt que comme une union (ittisal), sorte de transposition sur le plan expérimental de la notion musulmane de transcendance et d'unicité divine. Les grands soufis, et Hallaj le premier, ont compris ce tawhid vécu selon le triple procès : unification de soi en soi, unification de soi en Dieu, unicité de Dieu proclamée et vécue par Dieu même en l'âme. Or il est certain que la première étape au moins évoque la remontée de l'âme vers sa source d'être, vers son acte premier d'existence, qui caractérise la mystique naturelle.





S on Verbe a préexisté éternellement à toutes choses existantes,
Mais elles le voilent avec sagesse à qui ne comprend pas.
En lui, mon esprit s'est éperdu de sorte qu'ils se sont mêlés tous deux intimement, mais ce n'est pas un corps qui est entré dans un corps…





Islam / Soufisme Citation n°763 | 
" l'Eloge du Vin ", " Kamriyga " sur le Verbe préexistant,cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", p 61 





R enoncer au monde pour mener une vie ascétique, en s'affranchissant de ces liens, en vidant [le] cœur des préoccupations terrestres, et en s'approchant de Dieu Très Haut par la parfaite application spirituelle (1).




Islam / Soufisme Citation n°706 | 
Ihya' 'ulim al-din, début du " troisième quart ", cité et traduit par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", l'expérience du Dhikr) 
(1) Himma : intention précise, avec l'idée de solitude et d'effort





P rie pour le bien de celui qui a été injuste envers toi, car celui-ci t'a préparé du bien pour ta vie future: si tu pouvais voir ce qu'il en est réellement, tu te rendrais compte que l'injuste t'a fait vraiment du bien pour la vie future. Alors, la récompense du bienfait ne doit être que le bienfait (cf. Coran 55, 60) (prie donc pour le bien de celui qui t'a réservé un bien); du reste, le bienfait dans la vie future est permanent. Ne perds pas de vue cet aspect des choses, et ne sois pas trompé par le fait des dommages qui te résultent ici-bas par l'injustice dont tu es l'objet: il faut considérer cet inconvénient comme le médicament désagréable que doit absorber le malade parce que celui-ci sait quelle utilité il en tirera finalement. L'injuste joue un rôle équivalent: prie donc pour qu'il ait tout bien !




Islam / Soufisme Citation n°699 | 
Conseil à un ami (Wasiyat), Traduit de l'arabe et annoté par Michel Valsan in : Études traditionnelles. Paris, Éditions Traditionnelles, 1968 





Q uand tu te couches n'aie dans ton cœur rien de mauvais à l'égard de qui que ce soit, ni rancune, ni haine.




Islam / Soufisme Citation n°695 | 
Conseil à un ami (Wasiyat), Traduit de l'arabe et annoté par Michel Valsan in : Études traditionnelles. Paris, Éditions Traditionnelles, 1968 





L 'amour est de deux sortes : l'amour de confession qui est aussi bien celui des privilégiés que celui du vulgaire, et l'amour d' " extase " au sens d'obtention, et il n'est plus en cet amour aucune vue de soi ni du créé, aucune vue des causes secondes et des " conditions " (1), mais totale absorption dans la seule vue de ce qui est pour Dieu et vient de Dieu.




Islam / Soufisme Citation n°682 | 
Kitab al - ta' arruf, chap 51 p 79/81 
(1) Ahwal, états spirituels des mystiques, aussi bien que conditions variables de cette vie.





I l est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines,
Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,
Tablettes de la Torah et livre du Coran.
Je suis la religion de l'amour, partout où se dirigent ses montures,
L'amour est ma religion et ma foi.





Islam / Soufisme Citation n°681 | 
Le chant de l'ardent désir, choix de poèmes traduits de l'arabe et présentés par Sami-Ali (Paris Sindbad, 1989). 





L orsque Dieu Très Haut s'est réservé le pouvoir de gouverner par le cœur, la Miséricorde se répand sur ce dernier, la lumière y brille, la poitrine se dilate, le secret du Royaume (Malakut) lui est découvert, le voile qui l'aveuglait se dissipe de devant sa face par la grâce de la Miséricorde, et les réalités divines étincelles en lui. Il est seulement au pouvoir du croyant de s'y préparer par la purification qui dépouille, et de provoquer en soi la solitude de ces choses, ainsi que la volonté sincère, la soif totale et l'observation attentive, dans l'attente constante de ce que Dieu Très Haut lui révèlera de la Miséricorde.




Islam / Soufisme Citation n°667 | 
Ihya' ulim al din, 3ième ¼, Livre I, " les prodiges du cœur ", cité et traduit par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", Extrait de l'Ihya' ulim al din " 





H asan al-Basrî - qu'Allâh lui fasse miséricorde! - (qui donnait régulièrement un enseignement public), lorsqu'il voulait parler de ces mystères qui ne doivent pas se trouver sur le chemin de ceux qui n'en sont pas dignes, appelait à part Farqad as-Sabakhî et Mâlik Ibn Dinâr, ainsi que les autres présents d'entre les gens du "goût" initiatique , et fermant la porte aux autres, traitait de ces matières en séance intime. S'il n'y avait pas eu une nécessité d'observer le secret, il n'aurait pas procédé de cette façon. De même Abû Hurayra - qu'Allâh soit satisfait de lui! - a dit, selon ce que rapporte al-Bukhârî dans son Recueil de hadîths: "J'ai porté de la part du Prophète - qu'Allâh prie sur lui et le salue! - deux "sacs": l'un, je l'ai dispensé entre vous tous; l'autre, si j'agissais de même, on me couperait cette gorge". De son côté, Ibn 'Abbâs, - qu'Allâh soit satisfait de lui! - en parlant du verset: "Allâh qui a créé sept Voûtes Célestes et autant de Terres; le Commandement descend entre elles" (Cor. 65, 12), déclarait: "Si je vous disais quelle en est l'interprétation (ésotérique), vous me lapideriez en disant que je suis un infidèle". D'autre part, 'Alî ben Abî Tâlib - sur lui la paix! - frappait sa poitrine et disait: "Ah! En vérité, ici il y a force sciences! Si seulement je trouvais des êtres qui puissent les porter!" Enfin, l'Envoyé d'Allâh - qu'Allâh prie sur lui et le salue! - disait: "Abû Bakr vous est supérieur, non pas par le nombre des prières ou des jeûnes, mais par quelque chose qui est survenu dans sa poitrine", et il n'expliqua pas ce qu'était cette chose, mais se tut là-dessus. Toute science ne doit pas être expliquée par celui qui la possède, et le Prophète - qu'Allâh prie sur lui et le salue! -disait: "Parlez aux hommes selon la capacité de leurs intelligences".




Islam / Soufisme Citation n°666 | 
Le livre de l'extinction dans la contemplation (Kitab al fana' fi al muchahada), traduit de l'arabe, présenté et annoté par Michel Valsan. Paris, Les Editions de l'Oeuvre, 1984. 





I l n'y a plus entre moi et Dieu d'explication,
ni preuve, ni signes pour me convaincre.
Voici que s'irradie l'apparition de Dieu, flamboyante,
Qui resplendit en son scintillement souverain. […]
Telle est mon existence (2), et mon évidence, et ma conviction,
telle est l'unification (divine) de ma proclamation de son Unité et de ma foi !





Islam / Soufisme Citation n°665 | 
Kitab al - ta' arruf, cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", la connaissance de Dieu, p 129 et suivantes 
(1) cf. Saint Augustin " Personne ne connaît, s'il ne se fait connaître. " (2) " wadj " qui a aussi un sens d' " extase " (3) ma' rifa : les connaissances intuitives et savoureuses concernant Dieu





L 'intensité de la Manifestation divine varie d'une personne à une autre, sans qu'on puisse à cet égard établir aucune règle, ses modes n'étant pas constants... Dieu se révèle à chacun selon sa capacité de recevoir les manifestations de Sa Très Sainte Beauté.




Islam / Soufisme Citation n°664 | 
Al-Minah al-Quddûsiyah, dans Un Saint soufi du XXe siècle: le Cheikh Ahmad Al-Alawi, traduit par M. Lings, Le Seuil, 1990, cité par Jean Biès dans Les Grands Initiés du XXe siècle, p. 25-27 





U n grand soufi a dit [Hallaj] :
Ne le connaît que celui auquel il s'est fait connaître, et ne proclame son unité que celui auquel il l'a découverte ; et ne croit en lui que celui auquel il a donné de croire, et ne le décrit que celui en l'intime duquel il s'est révélé ; et n'est sincère avec lui que celui qu'il attire, et n'est en droit rapport avec lui, que celui qu'il s'est pour lui même choisi.





Islam / Soufisme Citation n°663 | 
Kitab al - ta' arruf, cité par GG Anawati et Louis Gardet, " La Mystique Musulmane ", la connaissance de Dieu, p 129 et suivantes ; cf. aussi (Coran 20, 41) : " Et je t'ai assigné à Moi-Même ". 
L'expression " celui auquel il s'est fait connaître " veut dire que c'est Dieu qui s'est fait connaître ainsi. Et " celui auquel il l'a découverte " veut dire que Dieu a montré son unité. En l'âme donnée à lui, c'est Dieu qui est auteur du vrai culte qu'elle lui rend. Ces quelques phrases de Hallaj nous font saisir sur le vif une authentique expérience intérieure, mais qu'il ne faudrait pas durcir par une interprétation conceptuelle trop poussée. Ainsi " la proclamation de l'unité de Dieu, le tawhid, est, par excellence, la profession de foi de l'islam. Or les soufis enseignent volontiers que Dieu seul peut proclamer " validement " son Unité, parce que lui seul est vraiment Un. La créature humaine n'a d'unité que celle que Dieu lui donne. Dès lors, sa profession de foi ne pourra pas ne pas être imparfaite, souillée, involontairement du péché de shikr, l'" association " de la créature au Créateur. Dans le cœur du soufi uni à Dieu, c'est Dieu qui proclame sa propre Unité. A ce prix seul, la profession de foi est réellement valide.





T u n'auras pas plus besoin de négation que d'affirmation, car Celui dont l'etre est nécessaire est déjà affirmé avant que tu l'affirmes, et ce dont l'être est impossible est déjà néant avant que tu ne le nies.




Islam / Soufisme Citation n°652 | 
Al-Minah al-Quddûsiyah, dans Un Saint soufi du XXe siècle: le Cheikh Ahmad Al-Alawi, traduit par M. Lings, Le Seuil, 1990, cité par Jean Biès dans Les Grands Initiés du XXe siècle, p. 25-27 





T andis que l'ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l'enthousiasme annihilant, et que l'adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d'esprit et se concentre sur le but,- ceux qui sont investis de l'Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l'invisible et ne les connaît ni "connaisseur", ni "désirant", ni "adorateur", comme ne les perçoit ni "confié à Dieu", ni "ascète"! L'ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l'enthousiasme pour abolir le chagrin, l'adorateur fait du zèle dans l'espoir d'accéder à la "proximité", le connaisseur sage vise par sa force d'esprit l'"arrivée", mais la Vérité ne se dévoile qu'à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu'à son nom!




Islam / Soufisme Citation n°640 | 
La parure des Abdal, (Hilyatu al Abdal), traduit de l'arabe, présenté et annoté par Michel Valsan. Paris, Les Editions de l'Oeuvre, 1992. 





C ela étant, ce qui s'impose à nous, c'est de nous attacher fermement à la voie de la foi, d'accomplir les oeuvres prescrites et de suivre l'exemple de celui qui nous a apporté la Loi. Ce qu il a dit, nous le disons aussi, pour nous conformer à son exemple et comme simple interprète de sa parole- car c'est lui qui le dit, et non nous. Et ce qu'il a tu, nous le taisons- tout en appliquant la législation sacrée et les peines légales, et en attendant la mort.




Islam / Soufisme Citation n°623 | 
Extraits de Écrits spirituels (Kitab al Mawaqif), Mawqif 359, présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz, Paris, Seuil, 1988. 





U n jour, cette pensée me vint à l'esprit: "Si seulement Allah m'avait dévoilé le monde de l'imagination absolue!" Cette pensée persista pendant deux jours et provoqua en moi un état de resserrement. Tandis que j'invoquais Allah, Il me ravit à moi-même et projeta sur moi Sa parole: "Un Envoyé est venu à vous de vous-même" (ou: "de vos propres âmes", Cor. 9: 139) et je compris que Dieu avait pitié de ce qui m'arrivait. Dans cet état de resserrement, je lui adressai, au cours d'une des prières rituelles, la demande suivante: "Ô mon Dieu, fais-moi réaliser ce qu'ont réalisé les Gens de la Proximité, et conduis-moi par la voie des Gens du ravissement extatique." J'entendis alors en moi-même: "J'ai déjà fait cela!" Je m'éveillai alors de mon inconscience et je sus que ce que je demandais, ou bien le moment de l'obtenir n'était pas encore arrivé, ou bien la Sagesse divine avait décrété que je ne l'obtiendrais pas, et que j'étais donc dans l'erreur en le demandant. J'étais semblable à celui que le roi convoque à sa cour et invite à s'asseoir auprès de lui pour lui tenir compagnie et converser avec lui et qui, malgré cela, souhaite voir les portiers du roi, ses garçons d'écurie et ses serviteurs, ou s'amuser sur les marchés. Je me retournai donc vers Allah et lui demandai de me faire réaliser, en fait de connaissance de Lui et de servitude, cela même en vue de quoi Il m'avait créé.




Islam / Soufisme Citation n°622 | 
Extraits de Écrits spirituels (Kitab al Mawaqif), Mawqif 18, présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz, Paris, Seuil, 1988. 



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