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La philosophie mahayaniste

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L a véritable extinction, c'est de supprimer la conscience mentale, la différenciatrice..., car pour agir, c'est sur elle que prennent appui les autres consciences... Cette conscience s'attache à la sphère sensorielle qu'elle discerne en la délimitant à l'aide des imprégnations. C'est elle aussi qui alimente la conscience de tréfonds.




Bouddhisme / Mahayana 826 | 
p. 126, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.224 







M ais d'autres rugissent leur omniscience comme des lions et exposent ainsi le nirvana : l'extinction c'est de s'éveiller à la seule existence de sa propre conscience, à l'absence d'attachement aux choses externes - qu'elles existent ou non - par rejet des tétralemmes et grâce à la vision du domaine de la Réalité telle qu'elle est. Qu'on reconnaisse sa propre conscience où l'on ne différencie plus ni preneur ni pris, où l'on considère avec indifférence la saisie de la Réalité en raison de la confusion qu'elle implique, où en réalisant la mystique de l'intériorité on s'éveille à la double impersonnalité, les inclinations n'opérant plus et les voiles, dissipés; là où les terres de bodhisattva ont été franchies l'une à la suite de l'autre jusqu'à la terre de Bouddha, là où sont acquis tous les samadhi en commençant par celui dans lequel tout apparaît comme une illusion tandis que ne fonctionnent plus conscience empirique, pensée et conscience mentale, c'est là, disent-ils, l' extinction.




Bouddhisme / Mahayana 825 | 
chap. II, p. 184-185, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.251 
Remarque : Le profane voit uniquement le samsara ; le bouddha-pour-soi tend au nirvana ; le bodhisattva s'efforce de les égaliser en faisant pénétrer le nirvana dans le samsara, et la paix inonde alors le devenir; puis, quand le samsara pénètre dans le nirvana, l'univers flotte dans la paix. L'égalisation achevée, nirvana et samsara s'identifient dans la connaissance de miroir, à tel point qu'il n 'y a plus ni samsara ni nirvana, mais la seule et inexprimable Ainsité.







I népuisable est cette perfection de sapience puisque d'une part elle ne peut être détruite, comme l'espace, et que d'autre part rien ne peut être produit ou détruit. Comment un bodhisattva doit ravir la perfection de sapience ? En ne détruisant pas la forme, l'ignorance, les conceptions, les impressions, les tendances... sans détruire non plus soif, devenir, naissance, chagrin, douleur, désespoir... Telle est la vision qu'un bodhisattva a de la production en dépendance en sorte qu'il évite la dualité des deux extrêmes (destruction et production), il n'y voit ni commencement ni milieu ni fin. Une telle vision est le dharma propre à un bodhisattva installé au pavillon de l'Éveil... Percevant de cette manière la production en dépendance, il a la connaissance omnisciente. Car un bodhisattva adonné à la perfection de sapience, ayant ainsi ravi la non-destruction et contemplant ainsi cette production en dépendance, n'est plus au niveau d'un Auditeur ou d'un bouddha-pour-soi, mais à celui d'un omniscient.




Bouddhisme / Mahayana 819 | 
p. 468-469, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.212 
Remarque : Tous les traités du Mahayana reviennent sans cesse à l'attitude subtile fondamentale qui distingue le mystique du philosophe : ne pas s'approprier, ne pas s'attacher au détail, à la démarche, au limité, au but ; ne pas s'appesantir ni arrêter la pensée ou discerner un signe ; mais au contraire aller droit à l'essentiel; ainsi pourra-t-on " ravir" comme en se jouant, avec légèreté et vivacité, la perfection de sapience ou l'omniscience.







L e Tathagata n'est ni vérité ni mensonge ni sortie ni entrée, ni allée ni venue : il est la coupure de tout discours et de toute pratique. […] Le Tathagata n'est ni vu ni entendu ni pensé ni connu. [ …] Il a réalisé l'égalité avec le savoir omniscient. Il a obtenu la non-dualité de tous les êtres et atteint l'indifférenciation de toutes les choses.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 818 | 
Vimalakirtinirdesa, p. 358-359, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.118 







D ès qu'il accède à l'ultime pratique mystique le bodhisattva reçoit l'onction : sacré [par les Bouddha], il entre dans le samadhi de diamant appelé tel car aucune différenciation ne l'entame. Pour lui ainsi dégagé des souillures propres aux voiles obscurcissants, le renversement du support parvient à son apogée.

De cette manière, il atteint l'omniscience en tous genres, le royaume incomparable où il prend l'initiative pour le bien de tous les êtres en leur montrant le parfait Éveil et le nirvana parachevé.





Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 817 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIV, st. 44-46, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.237 







C elui qui contemple la vacuité
Est nommé extatique.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 814 | 
Mahaprajnaparamitasastra, p.1220, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.98 
Remarque : C'est dans l'expérience des absorptions et des ravissements (samapatti) que se découvre le secret de la véritable vacuité. Loin d'être forgée par la pensée ou l'effort, loin de correspondre à une perte ou à une privation elle se révèle, delle-même, conscience vivante et apaisée. Vidée de tout le relatif grâce à l'absorption, la conscience a un contact réel avec l'apaisement Profond du domaine indifférencié. A la place du vide qu'elle imaginait elle trouve une vaste ouverture à une vie tout à fait nouvelle qui va sans cesse s'élargissant vers l'infini, car dans l'expérience mystique vide et plénitude alternent et se confondent.







L e dhyana dit de discernement, ô Mahamati, appartient à ceux qui, procédant dans les terres de bodhisattva, transcendent l'absence de soi et les idées de moi et d'autrui, et comprennent en outre ce que signifie l'insubstantialité des choses.




Bouddhisme / Mahayana 810 | 
p. 97-98, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.97 







L 'omniscience elle-même ne peut être appropriée, car on ne peut la saisir à partir d'un signe distinctif, sinon Srenika, le moine errant, n'aurait pas eu foi en cette connaissance de toutes les modalités : étant entré dans une connaissance limitée, il ne s'appropria pas la forme et autres contingences, et ne prit pas cette connaissance pour une joie et une félicité …, car il avait pour norme l'essence même des choses ; il ne s'appropria aucune chose ni n'en appréhenda aucune qu'il eût pu saisir ou laisser; il n'eut même aucune considération pour l'extinction... Qu'il ne s'approprie pas la forme et les autres contingences, et n'entre pas dans le nirvana à mi-chemin …, voici ce qu'il faut reconnaître comme la perfection de sapience d'un bodhisattva.




Bouddhisme / Mahayana 803 | 
p. 8, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.211 







C ette connaissance de l'Éveil est comme la vacuité, et la connaissance de la vacuité est la marque de la fleur dans le ciel. On peut pas dire non plus que connaissance et Éveil n'existent pas. Abandonner les notions d'existence et de non-existence, c'est être accord avec l'Éveil pur. Pourquoi? Parce que l'Eveil est de la nature de la vacuité, éternellement immuable, et dans le réceptacle de Tathagata [tathagatagarbha] il est au-delà de l'apparition et de la disparition ainsi que de la connaissance. Il est identique à la nature du domaine absolu, ultime, parfaite, omniprésente.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 797 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.419 







C e bodhisattva et les êtres qui vivront au temps du déclin de la Doctrine, ayant compris ce que sont les illusions et par là éliminé les apparences, obtiennent au même instant la pureté infinie, la vacuité illimitée révélée par l'Éveil. L'Éveil étant parfait et irradiant, la conscience apparaît dans sa pureté. La conscience étant purifiée, la vue est purifiée. Celle-ci une fois purifiée, l'organe de la vue est purifié. Celui-ci étant purifié, la perception visuelle est purifiée [ ...(1) ].




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 796 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.422 
(1) Et ainsi de suite pour les autres organes des sens et toutes les choses perçues







S achez qu'un bodhisattva ayant accompli l'Eveil ne s'attache pas à la Doctrine, ne cherche pas à s'en délivrer, ne déteste pas le devenir, n'a pas d'attirance envers le nirvana. Il ne vénère pas ceux qui respectent les préceptes, ne hait pas ceux qui les enfreignent, ne respecte pas les adeptes expérimentés, ne méprise pas les débutants. Pourquoi cela ? Parce que tout est Eveil. Ainsi, la lumière des yeux qui illumine le paysage extérieur étant parfaite, elle est dénuée d'amour et de haine. Pourquoi? Parce que cette lumière est non-dualité et il n'y a par conséquent ni haine ni amour.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 795 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.423 







P uisqu'ils sont comme un rêve de la veille, sachez que devenir et extinction n'apparaissent ni ne disparaissent, ne vont ni ne viennent. Ce qui est réalisé n'est ni obtenu ni perdu, ni saisi ni lâché. Celui qui a réalisé [I'Éveil] ne fait rien, n'arrête rien, ne suit rien, n'anéantit rien. Car au sein de cette réalisation, il n'y a ni sujet, ni objet et finalement ni réalisation, ni personne ayant réalisé ; l'essence de toutes choses est alors égalité et inaltérabilité.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 794 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.424 







L es bodhisattva qui ont compris l'Éveil parfait et pur pratiquent la quiétude à l'aide de cette conscience d'Eveil pur. Ayant ainsi purifié leurs pensées, la connaissance d'Eveil s'élève. Dès lors la sapience engendrée par la quiétude apparaît et les poussières adventices telles que le corps et la pensée disparaissent pour toujours. Quiétude absolue et détente peuvent alors croître en soi.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 792 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.430 







L es bodhisattva qui ont compris l'Éveil parfait et pur savent, grâce à cette conscience d'Éveil pur, que la nature de la conscience d'Éveil, les organes des sens et les domaines des sens sont des métamorphoses illusoires. Ils produisent des illusions pour éliminer les illusions (1). Ils transforment ces illusions et convertissent les êtres illusoires. Mais dans cette production d'illusions, ils sont capables de faire croître une grande compassion et une grande détente. Tous les bodhisattva commencent leur pratique et progressent graduellement à partir de là. Comme celui qui contemple l'illusion n'est pas identifié à l'illusion ni à la contemplation illusoire dans laquelle tout est illusion, il est dégagé pour toujours de la marque de l'illusion. Cette pratique merveilleuse que parachèvent les bodhisattva est semblable aux pousses qui naissent de terre. On appelle ce genre d'expédient salvifique : samapatti.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 791 | 
traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.430-431 
(1) on fait naître Eveil et Sapience (eux-mêmes illusoires) afin de se débarrasser des illusions antérieures







L es bodhisattva qui ont compris l'Eveil parfait et pur, grâce à cette conscience d'Éveil pur, ne s'attachent ni aux métamorphoses illusoires ni à la marque de la quiétude. Ils savent que le corps comme la pensée sont des obstacles, que la lumière de l'Éveil sans conscience ne repose pas sur les obstacles, et ils obtiennent pour toujours l'état transcendant obstruction non-obstruction. Ils vivent dans le monde avec les marques du corps et de la pensée et sont dans ce monde phénoménal pareils au son d'une cloche qui se propage au loin. Passions et extinction ne s'obstruent plus réciproquement. Détente et extinction se développent. L'Eveil merveilleux en accord avec le domaine de l'extinction ne peut être atteint ni par soi, ni par autrui, ni par le corps, ni par la pensée. Les notions d'existence et de longévité ne sont que des pensées fluctuantes. On appelle ce genre d'expédient : dhyana.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 790 | 
(Yuan Kiue King), traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.430-431 







L 'Illumination originelle est la pratique merveilleuse.




Bouddhisme / Mahayana / Zen 789 | 
Gakudoyojin-shu (recueil de l'application de l'esprit à l'étude de la Voie), p. 78, traduit par Hoang-Thi-Bich, Genève-Paris, Droz, 1973 







C omprendre sans avoir recours au graduel, spontanément, voilà le sens de la nature subite. La vacuité et quiétude originelles de l'esprit propre, voilà l'illumination subite. L'absence de demeure de l'esprit propre, voilà l'illumination subite... Entendre parler de la vacuité sans s'attacher à la vacuité et sans saisir non plus la non-vacuité, voilà l'illumination subite. Entendre parler du moi sans s'attacher au moi et sans saisir non plus le non-moi, voilà l'illumination subite. Accéder au nirvana sans rejeter la renaissance et la mort, voilà l'illumination subite... Ceux qui partent du principe absolu parviennent rapidement au Chemin. Ceux qui cultivent les pratiques externes y parviennent lentement.




Bouddhisme / Mahayana / Zen 788 | 
Entretiens du Maître de dhyana Chen-houei du Ho-tsô, Traduction annotée par Jacques Gernet, Publication de l'École française d'Extrême-Orient, Hanoi, 1949, p. 53-54, cité dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, note p. 459 







L a nature propre de l'Éveil parfait est différente des autres natures, mais elle s'élève avec ces différentes natures. Elle n'est ni à acquérir, ni à réaliser. Dans la réalité, il n'y a en vérité ni êtres, ni bodhisattva. Pourquoi? Parce que les êtres comme les bodhisattva sont des métamorphoses illusoires. Ces métamorphoses illusoires une fois anéanties. il n'y a plus de sujet pour acquérir ni réaliser [ ... ]. Comme les êtres égarés n'ont pas encore pu éliminer toutes les métamorphoses illusoires, des distinctions apparaissent au sein du travail erroné d'anéantissement et de non-anéantissement. Mais s'ils sont en accord avec la grande extinction du Tathagata, il n'y a en vérité ni extinction, ni sujet réalisant l'extinction.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 787 | 
(Yuan Kiue King), traduit par Catherine Despreux, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.427 







I l ne voit jamais l'existence propre des êtres, mais pour les mûrir, il parle des êtres. Il ne voit ni être vivant ni individu, mais il parle d'être vivant et d'individu. Il ne voit pas l'existence propre des actes ni l'existence propre de la rétribution, mais il enseigne aux êtres l'acte et la rétribution. Il ne voit pas l'existence propre des passions du samsara, mais il enseigne à bien connaître les passions du samsara. Il ne voit pas le nirvana, mais il parle d'arriver au nirvana. Il ne voit pas que les dharma comportent des caractères distinctifs, mais il parle de dharma bons et mauvais.[ ... ]
Muni de la profonde et merveilleuse sagesse, il élimine toutes les pratiques des êtres ; pour mûrir les êtres, il semble exercer les pratiques, mais en vérité il n'a aucun dharma à pratiquer, et il a dépassé toutes les pratiques. Depuis longtemps, il a éliminé la " prise " relative au moi et au mien, mais il " prend " les choses dont il a besoin. Le bodhisattva étant muni de ce savoir et de cette sagesse, tous les actes qu'il accomplit sont conformes au savoir et à la sagesse et il n'est pas souillé par le fruit des actes."





Bouddhisme / Mahayana 785 | 
Suramgamasamadhisutra, extraits des p. 147 à 150, traduction É. Lamotte, dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.165 







O Mahamati, la nature propre des choses n'est pas telle que la différencient ignorant et profane, elle est imaginaire...
Mais il y a une nature propre des choses telle qu'elle est réalisée par les mystiques, par leur connaissance mystique, par leur vision mystique, par leur oeil de sapience mystique.





Bouddhisme / Mahayana 784 | 
p188, 197, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.172 







A lors devenu un bodhisattva, étant bien recueilli, il ne perçoit plus les objets signifiés comme scindés du discours mental. Il s'empare d'une énergie inébranlable afin d'accroître la luminosité de la Doctrine et, grâce à elle, il s'installe définitivement dans la seule conscience et rien qu'elle. Là il contemple tous les objets comme des reflets. Ainsi se libère-t-il de la dispersion propre à l'objet connu.
Il lui reste encore à éliminer la dispersion du sujet connaissant : très vite, entrant dans le samadhi qui suit immédiat il la supprime.
Le bodhisattva a dès lors acquis la connaissance supramondaine, indifférenciée, affranchie de la double prise, sans souillure, inégalable; et il est entré dans la voie de la vision intuitive. Ce renversement du support est sa première terre.





Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 783 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIV, st. 15 à 29, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.236 







Q uand le bodhisattva a pénétré dans le domaine absolu, à toujours une seule et même conscience pour soi et pour autrui ; grâce à une connaissance des plus pures et sans dualité, les tendances latentes lui apparaissent comme jaillies d'une construction imaginaire. Lorsque, en raison de l'inexistence de la distinction sujet-objet, il ne voit plus que le domaine absolu, il est entré dans le chemin de la vision intuitive; il reconnaît la triple vacuité des trois natures. C'est là le royaume exempt de tout signe, l'anéantissement des pensées différenciatrices.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 782 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIV, Résumé des st. 30-35, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.236 







Q ui voit une seule chose a la vision de toutes les choses.
La vacuité d'une seule chose est la vacuité de toutes.
Par une seule chose connue, il connaît tout.
Par une seule chose vue, il voit tout.
En lui l'ivresse du moi ne surgit pas,
Quelque abondantes que soient ses imaginations.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 781 | 
Catuhsataka et Samadhirajasutra, cités dans le Mulamadhyamikakarikavrtti (ou Prasanapada), p. 128, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.173 







S i l'on possède] cette connaissance, c'est la concentration [samadhi] sans concentration, la sapience sans sapience, la pratique sans pratique. […]
Nirvana et sapience diffèrent par le sens, mais sont identiques dans leur substance… La sapience illumine complètement le nirvana, c'est pourquoi on l'appelle connaissance et vue du Tathagata. Cette connaissance est celle de la vacuité et de la quiétude constantes [de l'esprit propre], et cette vue, c'est la vue directe du non-produit. Lorsque cette connaissance et cette vue sont parfaitement claires, il n'y a plus ni identité ni différence; mouvement et immobilité sont tous deux transcendants, principe absolu et choses mondaines sont semblables. Dans la pureté du principe absolu et au milieu des choses mondaines, on est capable de pénétrer [tous les dharma]…





Bouddhisme / Mahayana / Zen 780 | 
Entretiens du Maître de dhyana Chen-houei du Ho-tsô, Traduction annotée par Jacques Gernet, Publication de l'École française d'Extrême-Orient, Hanoi, 1949, p. 106-109, cité dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, note p. 462-463 







L es êtres vivants m'étant apparus comme pères et mères,
amour et partialité pour l'un ou l'autre ayant disparu,
à présent c'est le bonheur en l'état de Vacuité;
chant de bonheur, qu'on t'entende au loin, je te hurle.

Le Fruit demeurant spontané dans la propre Pensée,
N'étant plus préoccupé à le chercher ailleurs,
à présent c'est le bonheur, Elle connaît elle-même sa propre Nature ;
chant de bonheur, qu'on t'entende au loin, je te hurle.





Bouddhisme / Mahayana 779 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 305-306 







M ais tous les bouddhas ne sont que l'espace d'une seule Pensée, ... en la Grande Union, ce n'est qu'une même saveur :
Soyons de ce fait bénis, toi et moi, de manière à ne point faire deux!





Bouddhisme / Mahayana 766 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 187 







E nsuite, sur le chemin de la pratique mystique, en parcourant les autres terres, le bodhisattva s'exerce ici-bas à une double connaissance ; l'une surnaturelle et indifférenciée purifie les vertus de Bouddha ; l'autre qui lui succède perfectionne les êtres, elle est en rapport avec le monde.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 761 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIV, st. 42-43, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.237 
Remarque : De là la libre efficience d'un tel acte parce que entièrement spontané; le bodhisattva agit sans délibération ni motifs pour le bien des hommes à la manière dont la lune se reflète dans l'eau sans vraiment s'immerger ni émerger. La vie spontanée que mène un bodhisattva dont le support de la conscience a subi un renversement est encore comparable à un pur cristal qui incolore par lui-même, est apte à refléter n 'importe quelle couleur. Tout discours sur les êtres libérés " n'est que corne de lièvre et couleurs variées du cristal". (Sagathakam (dernière portion versifiée du Lankavatarasûtra), 264-373, Bouddhisme Mahayana (Grand Véhicules), p. 375, st. 879 et 882.) La non-demeure où l'on ne s'installe ni dans le nirvana ni dans le samsara est ce qui conduit à l'Eveil suprême. Être sans demeure, c'est être sans conscience en pleine conscience. (Selon Sthiramati (Trimsika, glose au sl. 30), bien rares sont les mystiques ayant l'expérience de cette absence de conscience qui ne diffère pas de la vacuité. Si la vision intuitive est parfaite, il n'y a plus, dans la quiétude et la vacuité, ni Éveil ni méprise puisque rien ne naît ni ne disparaît.) Sans conscience (acitta) en l'absence de toute détermination, et donc sans conscience objective personnelle, intentionnelle qui est celle d'un sujet face à un objet; mais en pleine conscience mystique, l'unique Conscience lumineuse de l'Ainsité à laquelle tout aboutit en définitive, fond indifférencié qui comme le miroir immobile ne s'approprie rien, ne repousse tien, mais reflète simplement les choses. Ainsi le bodhisattva comprend tout sans recourir à la pensée dualisante ou à la mémoire, et en cela même réside son omniscience.







C omment Te louerais-je, Seigneur, Toi qui sans naissance, sans demeure, surpasses toute connaissance mondaine et dont le domaine échappe aux cheminements de la parole. Pourtant, tel que Tu es, accessible au [seul] sens d'Ainsité, avec amour je [Te] louerai, ô Maître, en recourant aux conventions mondaines. Puisque, par essence, Tu ne nais pas, en Toi, point de naissance, point d'allée ni de venue. Hommage à Toi, Seigneur, le Sans-nature-propre ! Tu n'es ni être ni non-être, ni permanent ni impermanent, ni éternel ni non éternel. Hommage à Toi, le Sans-dualité ! En Toi aucune couleur n'est perçue, ni rouge, ni vert, ni garance, ni jaune, ni noir, ni blanc. Hommage à Toi, le Sans-couleur ! Tu n'es ni grand ni petit, ni long, ni rond. Tu as atteint le but sans mesure. Hommage à Toi, le Sans-limite ! Tu n'es ni loin ni près, ni dans le ciel ni sur terre, ni dans le samsara ni dans le nirvana. Hommage à Toi, le Sans-demeure ! En aucune des choses Tu ne résides, [ainsi donc] Tu as atteint le but : le domaine absolu, et Tu as acquis la suprême profondeur. Hommage à Toi, le Profond! Par une telle louange puisses-Tu être loué! Mais as-Tu été loué ? Si toutes les choses sont vides, qui est loué et par qui ? Qui est capable de Te louer, Toi qui n'apparais ni ne disparais, Toi pour qui n'existent ni milieu ni extrémités, ni perception ni perceptible ! Il n'est pas allé, Il n'est pas venu, exempt d'aller : c'est Lui le Bien-Allé qui vient d'être loué. Grâce aux mérites acquis [par cette louange], puisse l'humanité avoir accès au séjour du Bien-Allé.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 760 | 
Hymne à la Réalité absolue, Catuhstava, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.196 







O Subhuti, celui qui dirait encore " Le Tathagata va ou vient, est debout, assis ou couché ", ne comprend pas le sens de mon enseignement. Et pourquoi ?
Parce que le mot Tathagata désigne celui qui ne va nulle part et ne vient de nulle part. Il est donc le Tathagata, le pleinement éveillé.





Bouddhisme / Mahayana 759 | 
Vajracchedikasutra, chap. XXIX, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.198 







C orps Essentiel, corps de jouissance, corps apparitionnel, telle est la distinction des corps de Bouddha. Le premier est le support des deux autres.
Le corps de jouissance diffère dans tous les domaines selon les assemblées de [bodhisattva] selon les champs, les désignations, les corps et la manière dont on jouit des choses.
Supérieur à lui, le corps essentiel, égal pour tous les Bouddhas puisqu'il n'y a pas de différence entre eux, est infiniment subtil, car difficile à déceler; il rend la jouissance effective pour la manifester à son gré.
Le corps apparitionnel des Bouddhas est une métamorphose sans mesure. Tandis que le corps de jouissance réalise le bien personnel, le corps apparitionnel réalise celui d'autrui. [En effet] ce corps apparitionnel des Bouddha, en manifestant habileté, naissance, grand Eveil et extinction, toujours fait surgir de grands prestiges de magie pour libérer autrui.
Le corps intégral des Bouddhas comprend ces trois corps; deux, celui en vue du bien personnel et celui en vue du bien d'autrui, ont le corps essentiel pour support.
[Ces corps] sont identiques chez tous les Bouddhas pour le fond - le domaine absolu étant indivis - pour la disposition [du cœur] et pour l'activité qui sont communes à tous. Ces corps sont permanents, par nature pour le corps essentiel qui est éternel, par persistance pour le corps de jouissance qui jouit des dharma sans interruption, par enchaînement causal pour le corps apparitionnel qui manifeste de façon renouvelée ses métamorphoses.





Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 758 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, chap. IX, st. 60-66, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.262 







Q u'il marche, qu'il soit debout, assis, ou repose-, qu'il parle ou fasse silence, il demeure constamment recueilli. Son état de recueillement ne le quitte plus... De corps apaisé, de parole apaisée, de cœur apaisé, par son comportement il donne un témoignage de sa satisfaction en public comme en privé...

Même dans la foule, il reste à part; qu'il gagne ou qu'il perde, il demeure le même, inchangé; il ne cède ni à l'exaltation ni à la dépression. Heureux et malheureux, loué et blâmé, [au cœur] de la gloire et de son contraire, vivant et mort, il demeure le même, il ne varie pas, il ignore exaltation et dépression. Avec ses amis ou ses ennemis, avec ce qui est agréable et ce qui ne l'est pas, avec les êtres nobles comme avec ceux qui ne le sont pas, avec les sons, les formes plaisantes ou non, il reste le même, il ne se montre ni condescendant ni frustré. Et pourquoi? Parce que, pour lui, les choses sont comme vides de caractère propre, dépourvues de réalité, incréées, non produites...





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 757 | 
Siksasamuccaya, XII, p. 202-203, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.158 







L e Bouddha a la non-naissance pour naissance, le non-appui pour appui. Tous ses actes s'effectuent spontanément.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 756 | 
Mahayanasamgraha (Somme du grand Véhicules), p. 307, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.267 







A l'âge où j'étais petit poisson, je n'ai pas été pris.
Comme grand poisson, malgré les nasses, personne ne m'a dompté.
... Maintenant, je vagabonde dans l'océan immense.

.... Quand, jeune, j'étais au ventre de ma mère, j'ai conjuré Longue Vie (1).
Grand, j'ai sauvé ma vie des mains des ennemis-démons (2)
…Maintenant, je fais figure d'enfant chéri de tous les royaumes

D'abord, au rite préliminaire, je fus placé en équanimité.
Ensuite, au rite développé, je fus exempt d'activité. (3)
Mon nom, à moi, est le Grand Sceau.
Maintenant je suis dans l'État spontané.

Jeune, dans les ermitages, je méditais l'Unique-qui-seul-suffit.
Grand, errant partout, je pratiquais le Goût uniforme.
Mon nom, à moi, est Yogin illuminé.
En ce moment je suis dans l'état de l'Égalité.

... Aux temps premiers, depuis toujours, pure de Propre Nature
Maintenant, quand on l'expérimente, au-delà de tout intellect
Mon nom est Contemplation ultime (4).
En ce moment, je suis dans l'espace abyssal sans limite.

D'abord, en méditation fraîchement acquise, je domptai les machines [du corps (5)]. Mais lorsque, ensuite, j'y fus habitué, je rejetai toute contrainte.
Mon nom est Compassion sans pensée. En ce moment, je suis dans l'état originel.
... En ce moment, je suis un pirate dans les royaumes.





Bouddhisme / Mahayana 755 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 116-119 
(1) C'est-à-dire consacré cette incarnation à échapper au cycle des morts et des naissances, à vaincre le temps. Ainsi, Kun-legs devait devenir " roi de longévité ". (note de (2) Nos démons intérieurs, attachement à soi, etc., (3) Première phase l'adepte réalise l'équivalence entre devenir et extinction. Seconde étape les deux égalisés se fondent, grâce au Grand Sceau, dans le Spontané. (4) Contemplation sans objet qui transcende la dualité et révèle l'abysse de la Vacuité universelle. (5) Cette strophe évoque la technique sexuelle, accomplie aussi en deux étapes: maîtrise d'abord, puis spontanéité. Sa réussite donne un amour infini, sans particularité, non-dualisant.







D emeurant toujours dans l'indifférencié,
[le fils des Vainqueurs] ne considère ni acte de l'agent ni activité de l'action. En conséquence, son acte est très pur, infini...





Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 754 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XV, 5, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.267 







L a sortie du monde, ce n'est pas se raser les cheveux mais produire une grande énergie pour détruire les passions de tous les êtres [ ... ], ce n'est pas observer soi-même une conduite morale, mais éliminer la moralité pure du séjour bienheureux; ce n'est pas méditer dans la solitude de la jungle, mais demeurer dans le tourbillon du samsara et utiliser la sagesse [prajna] et les moyens salvifiques pour convertir les êtres et les amener à la délivrance [ ... ], ce n'est pas se complaire dans le nirvana, mais déployer son énergie pour que les êtres remplissent tous les dharma de Buddha.




Bouddhisme / Mahayana 750 | 
Manjusrivikridita, cité en note par É. Lamotte dans le Vimalakirtinirdesa, p. 179-180. 
Remarque : Un bodhisattva doit prendre part à la vie courante, tout en demeurant dans le ravissement sans contenu mental ni affectif, ravissement du nirvâna en ce monde, car il doit garder secrète sa vie mystique et se conduire à l'extérieur comme un homme ordinaire.







P ar ma connaissance je connais la vacuité des agrégats; là connaissant, je ne fraie pas avec les inclinations. Quand je discours, il n'y a là que discours sans plus.
Je chemine en ce monde complètement nirvané.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 749 | 
Madhyamakakarika ou (Madhyamakasastra), p. 474, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.105 







E n outre, le bodhisattva doit exercer la patience envers ses propres passions, mais il ne doit point en trancher les liens. Pourquoi ? Parce que, s'il tranchait ces liens, la perte serait trop grave : il tomberait au rang des arhats et ne différerait en rien d'un homme qui a perdu les sens. C'est pourquoi il arrête ses passions, ne les tranche point; en cultivant la patience, il ne suit pas ses passions.

Question. - Comment peut-il ne pas suivre ses passions, sans les avoir préalablement tranchées ?

Réponse. - Par une réflexion correcte, il parvient, tout en ayant des passions, à ne pas les suivre. Par la réflexion, il contemple le caractère vide, impermanent de toutes choses et, bien que les cinq désirs existent encore en lui subtilement, ils ne produisent plus aucun lien.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 746 | 
Mahaprajnaparamitasastra, II, p. 908-910, traduction É. Lamotte, dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.154 







Q u'après avoir pénétré l'immuable essence des choses, le Fils du Victorieux paraisse dans le devenir (1) parmi ceux que l'ignorance aveugle : quelle merveille ! C'est sa compassion et son habileté salvifique qui le lient au monde; ainsi il semble alors se trouver dans l'état des ignorants, lui qui a atteint celui des-saints. Il a dépassé tout ce qui appartient au monde et cela sans en sortir. Pour le bien du monde il y accomplit sa carrière sans être souillé par ses impuretés. La fleur de lotus a beau pousser dans l'eau, l'eau ne la souille pas; lui, il échappe de même à la souillure du monde bien qu'il y soit né. Tel un feu, son esprit flambe sans cesse en oeuvres parfaites, mais sans cesse il demeure immergé en ravissement et en absorption apaisés. Il a déjà tout pénétré, la construction dualisante a disparu pour lui, aussi n'exerce-t-il aucun effort lorsqu'il mène à maturité les êtres doués d'un corps. Il sait exactement qui doit être conduit, comment et par quels moyens : par son enseignement, sa présence physique, ses oeuvres, son exemple. Sans tendre à quoi que ce soit, sans jamais rencontrer d'obstacle à sa sagesse, libre comme l'espace, il déploie son activité en ce monde pour le bien des êtres. Lorsqu'un bodhisattva a atteint ce degré, il est semblable aux Tathagata pour autant qu'il demeure dans le monde afin de sauver les êtres.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 745 | 
Ratnagotravibhaga, I, 69-78, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.129 
1. Textuellement " les naissances ".







E n outre, par la force du savoir, il saurait trancher ses entraves; mais dans l'intérêt des êtres, il préfère demeurer longtemps dans le monde [et conserver ses passions] ; cependant, il sait que ces entraves sont des ennemis, et c'est pourquoi, tout en les supportant, il ne les suit pas. Le bodhisattva enchaîne ces passions ennemies et, sans leur permettre de se débrider, il pratique la vertu. Quand on tient un ennemi que, pour une raison ou une autre, on ne veut pas tuer, on l'enferme solidement quelque part et on vaque à ses propres affaires.
En outre, le bodhisattva qui connaît bien le caractère des dharma ne tient pas les entraves pour mauvaises et ne tient pas les qualités pour bonnes; c'est pourquoi il ne hait pas les entraves et n'affectionne pas les qualités. Par la force de ce savoir il exerce la patience.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 744 | 
Mahaprajnaparamitasastra, II, p. 908-910, traduction É. Lamotte, dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.155 







E n considérant que le monde est douleur, il souffre, et il sait bien ce qu'il en est, et aussi comment on y échappe, et il ne se lasse pas, le compatissant.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 734 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XVII, 33, traduction S. Lévi. 







S acrifice de son propre corps ainsi que de son abondante perfection dans la restriction morale ; patience à l'égard des êtres faibles, absence de considération pour son corps, sa vie ; mise en œuvre de l'énergie, refus de jouir de la béatitude des absorptions mystiques ; indifférenciation dans la sapience, voici le prodige des contemplatifs.




Bouddhisme / Mahayana / Yogacara 733 | 
Mahayanasutralamkara d' Asanga, XIX, 1-2, Murielle Moullec, dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.135 







J e travaille dans le but d'édifier pour tous les êtres le royaume de l'incomparable Connaissance. Ce n'est pas à ma propre délivrance que tendent mes initiatives, car ce sont tous les êtres en vérité que je dois sauver du flot du devenir quasi infranchissable, à l'aide de la nef qu'est un cœur omniscient. je dois les tirer du profond ravin des calamités, leur faire traverser le flot du devenir. je dois moi-même mettre fin aux innombrables douleurs des êtres.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 732 | 
(Citation du noble Vajradhvajasutra) dans le Siksasamuccaya, XVI, p. 280-281, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.145 







N 'allant nulle part, il va aux dix orients; il ne voit rien du tout et pourtant il voit tout.
Allant lentement, il court et va; les trois étages du monde, d'un seul pas il franchit...
Par force activité, il trouve le non-agir; la [notion] même de non-agir, il l'a tout oubliée.
Le chant de joie n'est point fini ; la force innée de la pensée reste insouciante, à l'aise, à l'aise.
Dans l'espace du Sens, il n'y a plus rien à dire; et tout ce qu'on dit, pourtant, du Sens est bien issu.





Bouddhisme / Mahayana 730 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun_legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 61-62.) 







P our robe unique je revêts la robe de coton :
à moi, chaleur de Félicité de Candali (1).
Amasser ce feu de Gnose, c'est ça que j'aime,
demeurer en la claire Lumière, c'est ça qui me rend heureux.

Pour nourriture je prends celle qu'on offre aux dieux :
à moi, nourriture de la concentration dhyana !
Etre libre de toute nourriture de péché, c'est ça que j'aime,
faire effort, réussir : désormais inutile, c'est ça qui me rend heureux.

Pour activité je choisis de faire ce qui me passe par la tête :
à moi, actions, quelles que vous soyez!
Quand on n'a plus besoin de se croire beaucoup, c'est ça que j'aime,
quand tout ce qui arrive vous convient, c'est ça qui me rend heureux

Au dessus des phénomènes, j'évolue en une danse :
à moi, Connaissance-en-Soi spontanée en elle-même!
Ne croire l'existence éternelle ou finie, c'est ça que j'aime,
Lâcher, sans rien prendre pour réalité (1) , c'est ça qui me rend heureux.





Bouddhisme / Mahayana 728 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 200-201 
(1) Ou sans s'attacher à rien" (R.A. Stein)







J 'ai composé des chants qui peuvent donner l'illusion que j'ai eu la compréhension illuminée... Il est sûr que je n'ai pas beaucoup étudié, ni appris ou pensé en cette vie... J'ai établi Amour et Compassion au centre même de ma dévotion. J'ai compris l'essentiel, que tous les dharma ne sont ni produits ni arrêtés. Quant à ma conduite, c'était un mélange de bonnes manières et de mauvaises, mais je crois bien qu'il y en avait davantage de mauvaises...

D'abord affligé par la haine de mon clan paternel, je suis devenu pour tous les fidèles l'enfant chéri qui erre n'importe où de pays en pays. Flottant j'étais, sans limitation et sans but comme le vent, cet hémione à robe jaune, dans l'espace médian. Où qu'il se fût levé, c'était un soleil de bonheur qui brillait devant ma porte et j'étais sans avoir à agir, conservant toujours un esprit joyeux et en paix. Dans cet état j'ai fait ceci ou cela, j'ai dit mille choses et rien. [Un tantra] l'a dit : " Quand on a renoncé à tromper les êtres vivants, il n'y a plus d'action, et [pourtant] tout se fait." Ma conduite a été conforme à ces paroles, sans but aucun ni attachement, un éclat de rire : vive la joie, vive la joie!





Bouddhisme / Mahayana 727 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 411 







Q uand entre soi et autrui il n'y a plus aucune distinction, comment y aurait-il alors Connaissance-en-soi et autre connaissance ?
Quand tous les signes distinctifs et les définitions sont l'erreur, comment y aurait-il des preuves et des connaissances ?
Quand on comprend toutes choses en relâchant [sa pensée], pourquoi serait-il besoin de tout condenser en une chose ?
Quand, quoi qu'on fasse, on n'a même plus l'odeur d'un désir pour soi, proclamer qu'on nourrit la Pensée d'Eveil vous rebat les oreilles.
Quand on a arraché à la base l'espoir d'achever quelque chose, le grand fruit [d'être bouddha] : a-la-ho !





Bouddhisme / Mahayana 726 | 
Vie et Chants de 'Brug-pa Kun-legs, le yogin, traduit du tibétain par R.A. Stein, Paris, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1972, p. 192 







C ette vacuité de tous les actes est appelée action correcte. Les bodhisattvas qui pénètrent l'égalité de tous les actes ne considèrent pas l'acte mauvais comme mauvais et ne considèrent pas l'action correcte comme bonne... Établi dans un savoir exempt de vains bavardages, le bodhisattva ne choisit pas la manière de vivre correcte et ne rejette pas la mauvaise manière de vivre. Il ne s'appuie ni sur la Loi correcte ni sur la mauvaise loi, mais il demeure toujours dans le savoir pur. Pénétrant dans cette manière de vivre correcte qu'est l'égalité il ne voit pas la vie et il ne voit pas la non-vie. Pratiquer cette véritable sagesse, c'est ce qu'on appelle [chez le bodhisattva] la manière de vivre correcte.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 725 | 
(Yuan Kiue King), t. III, p. 1207, traduit par E. Lamotte, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, note p.445 







H ommage à Toi, Incomparable, à Toi qui sais qu'il n'y a pas de nature propre, Toi dont l'ardeur se dépense pour le bien de ce monde égaré par les visions qui l'abusent. En vérité, Tu ne vois rien de ton oeil d'Éveillé ; et sans pareille, ô Seigneur, est ta vision qui perçoit ce qui est.
Au regard de l'ultime vérité, ici-bas point de sujet qui connaisse, point d'objet à connaître.

Ah! Tu es, Toi, l'Eveillé qui connaît l'essence suprêmement difficile à connaître! Tu ne produis aucune des choses, Tu n'en détruis aucune. A Toi, pour la seule vue de [leur] égalité, la dignité incomparable !
Tu n'as pas eu à repousser le devenir pour atteindre l'extinction. Puisque, Seigneur, Tu ne considères pas le samsara, tienne est la paix!
Tu sais et de l'impureté et de la purification la saveur unique. Puisqu'il n'y a pas de différenciation dans le domaine absolu, Tu demeures de toutes parts immaculé! Aucune syllabe Tu n'as proféré, Omniprésent, et pourtant la pluie de la Doctrine les a pleinement rassasiés, tous ceux qui attendaient Ta parole. Tu ne t'attaches ni aux agrégats ni aux éléments ni aux sphères sensorielles, Toi, Conscience comparable à l'infinité spatiale, qui ne repose sur rien.

Pour Toi, Seigneur, [jamais] d'aucune façon la notion d'être ne se déploie, et pourtant Tu n'es que surabondante compassion pour les êtres dans l'infortune et la douloureuse agitation. Ô Tout-Puissant! Ton intelligence ne s'attache pas aux innombrables pensées dualisantes : plaisir et douleur, soi et non-soi, permanent et impermanent. Ta certitude : les choses ne vont ni ne viennent et nulle part ne s'assemblent en agrégats. Ainsi donc Tu es celui qui connaît la Réalité ultime. Partout Tu es présent et nulle part Tu n'apparais, Toi qui restes inconcevable quant au corps et aux attributs de la naissance, ô grand Silencieux! Semblable à l'écho, sans unité ni multiplicité, sans changement ni destruction, tel Tu perçois le monde, ô Toi, l'Irréprochable ! Ni permanent ni impermanent, sans signe distinctif ni objet signifié, c'est ainsi que tu perçois le devenir tels un rêve, une magie, ô Puissant ! Toutes les inclinaisons impures qui ont pour racine les imprégnations du passé ont étés subjuguées par Toi, Immaculé, Et de la nature même des inclinaisons, tu as extrait l'ambroisie immortelle.





Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 724 | 
Hymne à l'Incomparable, sqq. 1 à 51, Catuhstava, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.198 à 200 
Remarque : Cet hymne est entièrement articulé sur des contradictions apparentes que résout la distinction entre vérité empirique et vérité ultime, d'où son allure paradoxale. Le Bouddha a pleine conscience que les êtres n'ont aucune nature propre, et pourtant il se consacre à les libérer de tous leurs points de vue (1). Puis, autre paradoxe portant sur la connaissance : de cet oeil de Bouddha qui s'ouvrant à la Réalité fit de lui l'Eveillé, il ne voit rien du monde tel que nous le percevons. Néanmoins sa vision n'a pas d'égale, car de cet oeil il voit l'essence même des choses (2-3). Cette essence échappant à la dualité sujet-objet demeure donc inaccessible à la connaissance ordinaire, car l'intelligence de la Réalité est la Réalité même (4). Sans rien susciter ni faire disparaître, il suffit au Bouddha de saisir l'égalité pour que se présente à lui l'état suprême. Cette égalité est la saveur unique de l'impureté et de la Purification, du devenir et de l'extinction : êtres et choses baignant dans une éternelle quiescence (6). Face au devenir où le vulgaire ne voit qu'agitation, le Bouddha n'éprouve qu'infinie quiétude. C'est pourquoi la paix lui échoit en partage [abhigata], l'envahit comme par hasard, avant même qu'il la cherche. Pour se trouver soudain en plein absolu il n'a pas eu à mettre fin au flux du devenir (5). L'auteur insiste alors sur le paradoxe du silence et de la doctrine : le Bouddha ne pouvait parler de l'ineffable Réalité et pourtant l'averse de son enseignement assouvit les êtres susceptibles de l'accueillir (7). Si le Bouddha prêche spontanément en demeurant silencieux, c'est que par la puissance du samadhi il peut agir d'une ineffable manière sur la conscience des fidèles et leur faire comprendre de profondes doctrines qu'ils seraient incapables de concevoir par eux-mêmes. La suite de l'hymne développe la nature de cette activité en faveur des êtres, remplie, elle aussi, de paradoxes : elle est sans attachement, sans appui (8), sans notion d'être, mais toute de compassion (9). Cette omnipuissante activité dans le devenir multiple est affranchie des contraires comme le plaisir et la douleur qui caractérisent le multiple, en effet le Bouddha réside dans la claire vision de la très simple et lumineuse Réalité libérée de ses voiles, là où les choses n'ont ni allée ni venue en raison de leur parfait isolement.(10-11) Les stances suivantes traitent de la personne du Bouddha : inconcevable, inexprimable, elle connaît le monde pour ce qu'il est : un écho, une magie et qui, lui aussi, échappe à toute expression (13-14) ; c'est que les inclinations enracinées dans les imprégnations du passé ont été dominées et que, nouveau paradoxe, le Bouddha a extrait de ces imprégnations l'élixir qui rend immortel (15).







M on cœur m'emporte là-bas, m'emporte aux glaciers du Tise,
mon cœur m'emporte par ici, m'emporte, oh! oui, aux cinq cents arhats,
mais de quoi je ne puis m'éloigner, c'est l'infini du dhyana, aho!
alors que je garde le calme de pensée, que j'en aie à mon aise, que j'en aie !

Mon cœur m'emporte là-bas, m'emporte vers les phénomènes variés, mon cœur m'emporte par ici, m'emporte, oh ! oui, à l'état spontané de ma propre Pensée,
mais de quoi je ne puis m'éloigner, c'est du spontané sans aucun artifice, aho !





Bouddhisme / Mahayana 723 | 
Un saint poète tibétain, traduit du tibétain par R.A. Stein, Mercure de France, juillet-août 1964, p. 491-492. 







A insi tous les profanes à l'esprit puéril ne discernent pas que [les deux extrêmes se rejoignent], l'extrême du désir et l'extrême du non-désir : effrayés par l'extrême du désir, ils cherchent l'évasion dans l'extrême du non-désir; et de même pour l'aversion et l'erreur.




Bouddhisme / Mahayana / Madhyamaka 703 | 
Mulamadhyamikakarikavrtti (ou Prasanapada), I, p. 464, cité et traduit par Lilian Silburn, Aux sources du Bouddhisme, Fayard, p.183 





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